Le télétravail, à pratiquer dans de bonnes conditions

Si le télétravail est plébiscité par les salariés et s’est largement répandu depuis la crise sanitaire, ce mode d’exercice peut générer des risques sur la santé. C’est pourquoi il est essentiel de bien considérer plusieurs facteurs afin de prévenir les risques.

Télétravail et risques pour la santé

Avec la crise sanitaire liée au coronavirus, le télétravail – d'abord contraint du fait des circonstances puis plébiscité par les salariés eux-mêmes lorsque le Covid s'est éloigné – est devenu une alternative au travail sur le site de l'entreprise pour ceux dont les postes permettent le travail à distance. Une fois la crise sanitaire derrière nous, nombreuses sont les entreprises qui ont conservé le télétravail au rythme de deux, voire trois jours par semaine, en raison de l'engouement qu'il suscite auprès de leurs collaborateurs. Les salariés y voient plusieurs avantages : pas de transport, une plus grande autonomie dans le travail, la liberté de s'organiser, une concentration facilitée, plus de disponibilité pour la vie personnelle, etc. De leur côté, les employeurs se sont aperçus qu'il était positif d'accorder de l'autonomie à leurs équipes, même si l'organisation du travail en a été substantiellement modifiée.


Le travail hybride très apprécié

Selon une étude récente, près de la moitié des salariés déclarent souhaiter travailler à la fois sur le site de l'entreprise et en télétravail depuis le retour à la normale. Parmi ceux-ci, 86 % sont séduits par la flexibilité, 85 % y voient une diminution de leur fatigue physique, 82 % estiment que le télétravail leur apporte une amélioration du bien-être et de la santé et 80 % pensent être plus efficaces dans leur travail. Que les salariés télétravaillent ou qu'ils soient présents dans l'entreprise, l'employeur est dans l'obligation légale de protéger leur santé mentale et physique. Concernant la médecine du travail, le télétravail peut être une solution pour aménager un poste de travail en cas d'inaptitude médicale d'un salarié.

Plusieurs types de risques

Publiée en février 2022, une étude de la Dares (Direction de l'Animation de la Recherche, des Etudes et des statistiques) s'est penchée sur les impacts du télétravail pendant la crise sanitaire. L'étude relève un allongement de la durée de travail qui conduit à décaler les horaires, c'est-à-dire un travail qui déborde du temps normalement alloué mais aussi un renforcement de la peur de perdre son emploi, des douleurs physiques (développement de troubles musculo-squelettiques comme les lombalgies ou les tendinopathies potentiellement dues à une baisse de l'activité physique globale) et des troubles du sommeil plus répandus en situation de télétravail. De même, l'étude met en avant des symptômes dépressifs plus fréquents chez les télétravailleurs, en lien avec un renforcement de l'isolement. S'il apporte des avantages aux salariés et entraîne une productivité accrue de 22 % selon l'Institut Sapiens, un think tank indépendant, le télétravail peut donc avoir des répercussions négatives sur la santé. L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a également constaté, en 2021, un accroissement du risque de voir se développer chez les salariés télétravailleurs des problèmes de santé mentale et des troubles musculo-squelettiques. Ces derniers représentent 87 % des maladies professionnelles et le mal de dos compte pour 20 % des accidents du travail. De plus, l'usage d'outils numériques par l'employeur pour surveiller les salariés en télétravail peut induire la sensation d'un contrôle excessif et générer un stress supplémentaire. Comme le déplore un expert de la santé au travail, « Depuis la crise sanitaire, de nouveaux risques concernant la santé des salariés sont apparus, notamment à cause du télétravail. Le plus criant est une multiplication par deux des dépressions ».

RPS et troubles musculo-squelettiques

Comment agir contre le développement des risques psychosociaux (c'est-à-dire le stress au travail, les violences internes à l'entreprise comme le harcèlement ou les conflits ou les violences externes à l'entreprise comme les agressions ou les insultes) et la hausse des troubles musculo-squelettiques dus au télétravail ? Du côté des entreprises, l'Assurance maladie pointe la nécessité d'être particulièrement attentives à l'environnement de travail, à la gestion de l'autonomie et à la charge de travail, au rôle des managers de proximité mais aussi de veiller au maintien du collectif de travail.


Quant aux télétravailleurs eux-mêmes, l'Assurance maladie leur recommande « de s'installer, dans la mesure du possible, dans un espace de travail dédié, d'aménager son poste de travail pour travailler dans de bonnes conditions de façon à limiter les risques de troubles musculo-squelettiques, d'organiser son travail de façon à conserver un rythme comparable au travail présentiel, y compris en termes de contact avec le reste de l'équipe ». Concrètement, il est essentiel de bien s'attacher à l'ergonomie du poste de travail et d'adopter une bonne posture pour travailler. L'écran d'ordinateur doit être bien positionné. Etre aussi attentif à la luminosité de l'écran. Trop forte, elle peut être la cause d'une fatigue oculaire. Il convient de faire des pauses régulières et de bouger pour lutter contre la sédentarité, ainsi que de maintenir un rythme habituel (heure de lever identique, ne pas sauter de repas, aérer chaque jour le logement pour évacuer la pollution intérieure, etc.).

Télétravail et accident

Quid d'un accident du travail pendant le télétravail ? Le salarié bénéficie d'une prise en charge par l'Assurance Maladie et la mutuelle identique à celle d'un accident survenu dans les locaux de l'employeur. L'accident doit avoir lieu pendant les heures de travail et sur le lieu de travail (dans ce cas, le domicile du salarié le plus souvent) et être en lien avec le travail. En situation de télétravail, les modalités de déclaration des accidents de travail sont identiques à celles applicables sur le site de l'entreprise. Le télétravailleur dispose d'un délai de 24 heures pour prévenir son employeur en lui notifiant le lieu, les circonstances et l'identité des témoins éventuels, sauf en cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motif légitime. Etant donné qu'il ne peut informer directement l'employeur sur le lieu de travail, le salarié doit lui faire part de l'accident du travail par lettre recommandée avec accusé de réception ou lui adresser un e-mail comportant un accusé de réception ou de lecture.

Enfin, attention au télétravail à 100 % : un tel rythme ne convient pas à tout le monde, le risque principal étant l'isolement. Afin de minimiser les risques sur la santé, il est essentiel d'avoir une vie sociale en dehors du travail mais aussi de veiller au respect des horaires de travail, d'être bien organisé et d'être totalement autonome dans son travail.