Rejetée en novembre dernier, la taxation au poids est sur le point de revenir sous une autre forme. L’idée a été défendue devant l’Assemblée nationale par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Elle était toutefois considérée comme trop difficile à appliquer en France. Cette fois-ci, le gouvernement compte revoir les normes européennes antipollution pour sanctionner les grandes voitures.

Depuis quelques années, les familles moyennes et les inconditionnels de monospaces tendent à privilégier les SUV et les grosses Allemandes, comme l’Audi Q5 ou la BMW X6. Ce phénomène peut notamment s’observer dans les concessions et dans le secteur de l’assurance auto. Les ventes de ces modèles ne cessent d’ailleurs d’augmenter sur le marché mondial.

Partant du principe que la nouvelle norme favorise ces véhicules polluants, le gouvernement veut reconsidérer les règles de l’Union Européenne sur les émissions de CO2. Les voitures légères seront donc avantagées et contribueront à réduire la quantité de gaz nocif émis par l’industrie automobile. Cependant, cette initiative semble cibler particulièrement les constructeurs allemands.

Un véritable rapport de force entre pays européens

À partir de 2020, les constructeurs doivent afficher un niveau d’émission de CO2 de moins de 95 g/km en moyenne sur l’ensemble de leurs ventes en Europe. Le non-respect de ce seuil sera sanctionné d’une amende de 95 euros par gramme excédant, multiplié par le volume de ventes en cours d’année au sein de l’Union européenne. Ainsi, les pénalités peuvent facilement atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.


Les Allemands font partie des premiers privilégiés par la période de transition actuelle. En effet, le plafond des 95 g/km ne sera uniformément appliqué qu’au 31 décembre prochain.

Pour l’instant, les grosses voitures bénéficient encore d’une certaine marge. De plus, il est également possible de racheter des crédits CO2 pour compenser son score, comme l’a fait le groupe FCA (Fiat Chrysler Automobiles) auprès de Tesla.

En revanche, les constructeurs les moins polluants tels que Toyota, PSA ou Renault se retrouvent pénalisés par cette mesure transitoire. En effet, l’Union européenne leur a imposé un objectif situé en dessous du seuil des 95 g/km.

Pourtant, il s’avère encore compliqué d’atteindre ce niveau d’émission, même pour ces acteurs réputés vertueux sur le plan écologique. Le gouvernement français s’insurge donc contre ces traitements inégaux.

Comme l’a souligné récemment Élisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique, face à la presse :

Tous les textes européens doivent encourager des véhicules qui émettent le moins possible de gaz à effet de serre et non pas donner un bonus à des véhicules qui pèsent plus lourd.

De ce fait, la taxation au poids est revenue au centre des préoccupations des pouvoirs publics. Il faudra néanmoins se montrer plus subtil et aborder la question sous une autre perspective. La France envisage ainsi de relancer le débat sur le sujet au niveau européen.

Des difficultés variant selon les constructeurs

Dans un contexte de transition écologique et réglementaire, Jato Dynamics a dressé un classement des émissions moyennes de CO2 par constructeur en se basant sur les dernières données obtenues fin 2018. Le Japonais Toyota se retrouve en première position avec un taux de 99,9 g/km. Cette place est assez logique vu l’investissement et les projets de la marque sur le marché de l’hybride.


Les Français se distinguent aussi dans ce classement. La seconde place a notamment été décrochée par Peugeot (107,7 g/km). Le podium est complété par Citroën (107,9 g/km), suivie de Renault (109,1 g/km). Avec ses 139,6 g/km, Mercedes-Benz finit dernier sur les vingt marques les plus prisées en Europe. Mazda, pour sa part, se retrouve 19ème avec ses 135,2 g/km, malgré ses solutions prometteuses en la matière.

Ce classement permet concrètement de mesurer l’ampleur des efforts à fournir par chaque constructeur pour se conformer à la nouvelle norme européenne antipollution. La liste en question met également en évidence les écarts significatifs entre les différents acteurs du secteur en matière d’émission de CO2.

Avec le déclin du diesel, les constructeurs se retrouvent confrontés à un défi encore plus compliqué pour atteindre le seuil imposé par l’Union européenne. Cette motorisation affiche en effet un taux d’émission moyen d’environ 20 % de moins que l’essence. En parallèle, les SUV sont de plus en plus populaires. Pourtant, ils tendent à accroître le niveau d’émission de l’ensemble du parc de voitures neuves de chaque marque.

Dans ce contexte, les plus grands producteurs de modèles lourds ont réussi à négocier un correctif sur la nouvelle réglementation européenne. Ils ont ainsi obtenu une période de grâce par rapport à l’uniformisation du plafond. Concrètement, ces marques peuvent encore dépasser le seuil prévu de quelques grammes jusqu’à la fin de l’année.