Avec la marche forcée vers l’électrique qui se dessine de plus en plus, les experts craignent les retombées sur l’industrie automobile française. Dans ce contexte, de nombreux postes sont amenés à disparaitre chez les constructeurs, mais également les sous-traitants du secteur. Amorcée il y a plusieurs années, leur suppression a connu une accélération pendant la crise du coronavirus.

D'après l'Observatoire de la métallurgie, le nombre de salariés de la filière descendra à 90 000 à l'horizon 2035. Selon les analystes, les fabricants automobiles et leurs sous-traitants perdront en effet environ 100 000 emplois à cette échéance.

Pour cause, l'étau se resserre d'un côté autour des véhicules essence. Avec le durcissement des normes envisagé par l'Union européenne, ces derniers pourraient disparaître plus rapidement que prévu. De l'autre, la possibilité d'une maîtrise du marché des batteries par les producteurs européens se dissipe de plus en plus. Les Chinois risquent de prendre ces derniers de vitesse pour ces composants clés des voitures électriques.


Le plus profond bouleversement de son histoire

La Plateforme automobile (PFA) annonce par le biais de son président qu'un déclassement menace la France. Déclenchée il y a une dizaine d'années, la chute se poursuit en termes d'emplois. C'est ce que révèle le directeur général de l'organisme, Marc Mortureux. D'après ce cadre :

Entre 2008 et 2018, les effectifs des constructeurs et de leurs équipementiers sont passés de 260 000 à 195 000 […].

Ces valeurs sont bien plus importantes si l'on prend en compte les statistiques de certains sous-traitants. On distingue notamment ceux spécialisés dans la plasturgie, la fonderie, le décolletage, les pneumatiques, etc.

Pour les experts, ce phénomène résulte surtout d'une évolution structurelle. À ce titre, l'industrie automobile connaît aujourd'hui la plus grande transformation depuis son existence. Cela se traduit par l'abandon croissant de la production de moteurs thermiques au profit de la variante électrique. Celle-ci nécessite une moindre main-d'œuvre et demande des compétences très différentes de celles requises pour la mécanique.

Par ailleurs, le déclin a été stimulé par la crise sanitaire. Depuis le début de la pandémie, 13 000 compressions de personnel ont été enregistrées. Un chiffre qui pèse lourd sur certains secteurs comme l'assurance.

Passage forcé à l'électrique

Tout commence avec le scandale du Dieselgate, l'affaire de réduction frauduleuse des émissions polluantes des véhicules par Volkswagen. Désignés comme responsables de la pollution, les modèles diesel ont été bannis de plusieurs villes, voire de pays entiers. Pourtant, ils présentent un meilleur bilan carbone que les voitures essence.


La France figurait parmi les États européens où le diesel était le plus prisé. Il y a encore neuf ans, celui-ci représentait environ 75 % des ventes de voitures neuves. Actuellement, ce chiffre est descendu à 23 %. Un écroulement que de nombreuses enseignes spécialisées dans cette motorisation n'ont pas anticipé.

Le mouvement se poursuit avec l'adoption des réglementations sur les émissions de gaz à effet de serre. À titre d'information, l'empreinte carbone des constructeurs en Europe ne doit pas dépasser 95 g/km, et ce, depuis 2020. Avec une moyenne de 99,8 g l'année précédente, Volkswagen devrait alors payer une amende de 100 millions d'euros. Pour 2030, l'Union européenne prévoit déjà d'abaisser ce plafond.