Les stations-service installées sur les parkings de restaurants, de stades et de supermarchés concurrenceront largement les distributeurs indépendants à l’avenir. De leur côté, les points de recharge dédiés aux véhicules électriques s’invitent sur les lieux de travail et de résidence. Le délégué général du Centre national des professions de l'automobile, Xavier Horent, alerte l’exécutif sur cette situation.

En 1980, la France comptait 7,5 stations-service dans un rayon de 100 kilomètres carrés, contre 2 actuellement. Le prix du carburant incite notamment les titulaires de permis et d'assurance auto à s'en détourner.

Pourtant, la disparition des points d'approvisionnement en carburant pénalisera les modèles thermiques encore majoritaires dans l'Hexagone. De plus, 20 000 emplois sont menacés. Alors que la grande distribution s'adapte aux nouveaux modes de consommation, les entreprises indépendantes qui gèrent les stations-service devront solliciter l'aide du gouvernement.

Celles qui sont implantées sur les autoroutes et les axes routiers pourraient encore s'en sortir, selon François Hémono du cabinet de consulting Colombus.


Les distributeurs de carburant indépendants seront-ils soutenus par l'État ?

Xerfi avance que les stations-service sont susceptibles de voir leur chiffre d'affaires reculer de plus de 18 % cette année du fait de la diminution de leur taux de fréquentation. Or, l'activité des distributeurs de carburant génère déjà une rentabilité particulièrement faible d'après les spécialistes de l'institut d'études.

Les 6 000 stations-service indépendantes qui desservent les régions rurales et le réseau routier secondaire risquent même de faire faillite. Xavier Horent estime qu'elles devront revoir leur modèle en diversifiant leurs activités. Elles peuvent par exemple proposer des services de réparation ou des places de stationnement.

Les entreprises qui ont souffert du confinement ont déjà obtenu un report du paiement des impôts et des taxes. Elles ont également bénéficié de prêts garantis par l'État et du Fonds de solidarité. Il n'empêche que le Parlement se penche sur l'instauration d'un programme d'aide spécifique au secteur de l'automobile, relate le même interlocuteur. Ce dernier ajoute que la fermeture massive de stations pourrait impacter l'attractivité des territoires.

Les entreprises pétrolières et celles de la grande distribution se préparent

À l'horizon 2035, la demande en carburant devrait approximativement dégringoler d'un tiers, selon les projections de Colombus Consulting. Les industries pétrolières comme Shell et Total anticipent la tendance en investissant dans des points de recharge rapides. Il reste à savoir si elles attireront un grand nombre de consommateurs de manière à maximiser les profits.


Selon François Hémono, un tel service conviendra particulièrement aux conducteurs les plus pressés, qui devront payer le prix fort pour éviter de devoir attendre 60 minutes. Dans ce dernier cas, le prix proposé restera abordable. Le même expert de Colombus Consulting affirme que la distribution d'essence est considérée par les commerces comme un produit d'appel.

Conscientes du développement du marché de la voiture à faibles émissions, les géants de la grande distribution comme Carrefour et Auchan comptent également se réinventer. Ils prévoient de déployer des bornes de recharge sur leurs parkings, le nombre de clients de leurs stations-service devant chuter de 50 % en 15 ans, toujours d'après Colombus. Les clients s'orienteront-ils vers les stations de recharge d'appoint avant de franchir la porte des supermarchés ?