Les véhicules d’occasion reconditionnés connaissent un succès croissant en France. Le retard de livraison de modèles neufs, le durcissement des normes environnementales et les exigences des acheteurs en matière d’écologie favorisent l’essor de ce nouveau segment. L’ouverture d’usines dédiées semble indiquer que le phénomène va durer.

Des motifs économiques et écologiques à l'essor du reconditionné

En octobre 2021, la société de statistiques du secteur automobile a annoncé une baisse de 30,7 % des ventes de voitures neuves, après une chute de près de 20 % en 2020.

Pour certains analystes,

Ce net repli s'explique par la pénurie de semi-conducteurs, les problèmes d'approvisionnement à travers le monde et l'inflation galopante.

D'autres experts mettent en avant

L'engouement des consommateurs pour les modèles de seconde main,

En hausse de 44,8 % entre le 1er janvier et le 30 avril 2021. C'est 8,7 % de plus qu'en 2019 pour un marché européen estimé à 600 milliards d'euros.


Les préoccupations écologiques influent également. Afin d'améliorer le bilan carbone des véhicules, les constructeurs misent aujourd'hui sur l'allongement de leur durée de vie. L'an dernier, le cabinet Accenture et le Forum économique mondial affirmaient dans une étude que

L'élan vers l'économie circulaire accélèrerait l'atteinte de la neutralité carbone dans la filière automobile.

Les industriels multiplient d'ailleurs leurs efforts en matière d'utilisation de matières recyclées et d'éco-conception de leurs futurs modèles. La cause : la révision par Bruxelles de la directive relative aux véhicules hors d'usage (VHU). Actuellement, le texte impose un taux de recyclage de 85 % au moins pour les voitures en fin de vie.

Multiplication des usines dédiées au reconditionnement

Preuve d'une tendance durable, la France compte depuis quelques années plusieurs usines spécialisées dans le reconditionnement. En 2014, le groupe Stellantis, auquel appartiennent notamment les marques Peugeot-Citroën a ouvert son premier site via sa filiale Aramis auto. Au total, 110?000 véhicules reconditionnés sont sortis de ses ateliers.

Renault a suivi en novembre dernier avec l'ouverture à Flins (78) de « Refactory », son premier pôle de reconditionnement. À terme, la firme vise le statut de « leader dans l'économie circulaire avec des services dédiés aux véhicules électriques et à l'énergie », comme le précise son nouveau plan stratégique baptisé « Renaulution ». Cette installation va se substituer à la ligne d'assemblage d'automobiles neuves, en activité depuis 70 ans.


Le mouvement touche également les sociétés étrangères. Le groupe suisse Emil Frey, qui a lancé son premier site à Ingrandes (86) en août 2020, en prépare un deuxième. Quant au groupe allemand Auto1, numéro un en Europe en ventes de véhicules de seconde main, va ouvrir plusieurs centres sur le continent, y compris dans l'Hexagone.

Une réponse aux attentes des consommateurs

Si les grands constructeurs consentent de tels investissements, c'est parce que le reconditionné représente un excellent potentiel économique. En effet, alors que les modèles d'occasion classiques se déprécient constamment, le prix du reconditionné reste stable, à environ 30 % en dessous de celui d'un neuf.

Les clients apprécient pour leur part la sécurité offerte par le reconditionné, qui passe par une remise en état complète.

Par ailleurs, la prise de conscience écologique pèse de plus en plus lourd dans les décisions d'achat. Tous les acteurs de l'écosystème s'adaptent à cette évolution. Ainsi, de nouvelles formules d'assurance auto apparaissent pour répondre aux particularités de ce marché.

D'après l'INSEE,

46 % des conducteurs en France envisagent de se tourner vers l'électrique à court ou moyen terme.

Une partie de cette demande pourrait bénéficier aux reconditionneurs. Frederik Le Gac, directeur de l'usine d'Aramis auto, observe un intérêt croissant pour « la transformation de véhicules thermiques en électriques et le recyclage des batteries ».