Une soixantaine d’associations ont lancé une pétition, le 2 juillet dernier, afin d’organiser un référendum pour améliorer le bien-être animal en France. La démarche vise l’adoption de 6 mesures phares. Dans une tribune, Jean Baptiste Moreau, député de la Creuse, avance que ce projet de RIP (référendum d’initiative partagée) dissimule d’autres revendications. La sociologue Jocelyne Porcher a analysé la situation.

Depuis 10 ans, Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l'INRA et sociologue, constate qu'une soixantaine de jeunes pousses s'efforcent de produire de la viande cultivée sans recourir à l'élevage. Il s'agit pour ces entreprises d'un moyen de contribuer au bien-être animal. Ces dernières années, cette thématique préoccupe de plus en plus de Français.

Il faut dire que les associations spécialisées ne cessent de lutter contre la maltraitance animale. Les jeunes résidant en zone urbaine sont les plus réceptifs à leurs arguments. Pour les propriétaires de chat ou de chien, leur conviction peut notamment se traduire par la souscription d'une assurance animaux.


Une menace pour la sécurité alimentaire ?

Plusieurs hommes d'affaires s'intéressent de près aux recherches relatives à la viande cultivée en laboratoire. Tel est notamment le cas du fondateur de Free, Xavier Niel. Le milliardaire appuie d'ailleurs l'organisation du référendum pour les animaux. Un soutien qui n'est pas totalement désintéressé, selon Jocelyne Porcher qui explique :

[…] Les défenseurs de la cause animale sont instrumentalisés pour créer une demande qui n'existe pas encore. L'objectif des entreprises de biotechnologie est de prendre la place de l'élevage.

En tout cas, il sera difficile de convaincre les consommateurs de basculer vers des aliments issus de biotechnologies, d'après la sociologue. C'est d'autant plus vrai depuis le confinement. En effet, durant cette période, nombre de Français ont été contraints de privilégier les circuits courts. Ils se sont donc procuré des produits cultivés à proximité de leur domicile.

De son côté, Jean Baptiste Moreau redoute l'aboutissement des revendications des défenseurs des animaux. Il estime que cette situation débouchera sur une grande catastrophe écologique et alimentaire. Le député précise :

Sous nos climats tempérés, la végétation naturelle est la forêt. Sans exploitation par l'élevage, les prairies disparaissent. […] Essayez donc de travailler un sol de tourbière, en pente, ou hyperacide !

Vers la disparition des produits d'excellence ?

Le projet de référendum pour le bien-être animal dans l'Hexagone prévoit notamment d'interdire :

  • L'élevage en cage ;
  • L'élevage intensif ;
  • L'élevage d'animaux pour leur fourrure ;
  • La chasse traditionnelle, la vénerie et le déterrage ;
  • Les spectacles impliquant des animaux sauvages ;
  • Les expérimentations menées sur les animaux.

Le 28 août dernier, le site du RIP a déjà enregistré 589 000 inscriptions. Toujours est-il que le projet doit recevoir le soutien de 185 membres du Parlement. Ainsi, les associations de défense animale ont sollicité l'appui de Jean Baptiste Moreau, tout comme celui d'autres députés. Dans sa tribune parue dans l'Opinion, l'élu a fait part de ses inquiétudes :

Qu'elles répondent à des ambitions idéologiques ou purement business, les motivations des personnalités soutenant le référendum d'initiative populaire convergent vers le remplacement de nos produits d'excellence par des viandes de laboratoires ou dérivés.

D'autre part, l'initiative doit être soutenue par au moins 10 % de l'électorat français, soit 4,7 millions de personnes. Si ces conditions ne sont pas remplies, le référendum ne pourra pas avoir lieu.