Les animaux pratiquent également la distanciation sociale lorsqu’ils sont confrontés à une maladie. Il s’agit pour eux d’une manière de protéger leur groupe. C’est ce qu’ont conclu trois chercheurs après avoir observé le comportement social de cinq différentes espèces durant sept ans. L’article y afférent est paru dans Trends in Ecology and Evolution, une revue scientifique américaine.

Trois chercheurs ont analysé les mécanismes d'immunité collective chez les homards, les moucherons, les insectes, les souris et les macaques. Selon eux, toutes ces espèces appliquent des gestes barrières face à une maladie. Qu'en est-il des chats et des chiens ? Les souscripteurs d'assurance animaux, qui se préoccupent du bien-être de leurs compagnons à poils, se posent certainement cette question.

Pour l'heure, les scientifiques n'ont étudié que les cinq espèces susmentionnées. Or, pour établir une théorie scientifique, il est nécessaire d'en observer une vingtaine. En tout cas, leurs travaux permettent de constater que les fourmis ont su affronter un champignon alors que l'humain peine à gérer le Covid-19.


Une adaptation plus difficile pour l'Homme

Les gestes barrières adoptés par les espèces étudiées par les chercheurs peuvent parfois être radicaux. Par exemple, lorsque le membre d'un groupe tombe malade chez les macaques, il peut être tué par ses congénères qui souhaitent éviter la contamination. Cédric Sueur, éthologue qui exerce à l'IPHC (Institut pluridisciplinaire Hubert Curien) et l'un des auteurs de l'étude, explique :

Nous essayons de comprendre comment une espèce sociale réagit à une pression évolutive. Comment à travers des millions d'années d'évolution, on arrive à des mécanismes qui nous permettent de répondre à une menace extérieure.

Alors qu'ils sont naturels chez les animaux, les mécanismes d'immunité sociale ne le sont forcément pas pour l'humain. Cédric Sueur note :

L'Homme réfléchit trop. Ses comportements culturels prennent parfois le pas sur les comportements innés.

Le chercheur illustre ses propos en évoquant la poignée de main. Bien que cette pratique favorise la propagation du coronavirus, il a été très difficile de l'abandonner. En somme, trouver le juste équilibre entre distanciation et interactions sociales n'est pas si évident pour l'Homme.

L'exemple des fourmis

Une fourmilière est l'endroit idéal pour étudier la propagation d'une maladie. En effet, une colonie de fourmis suit des règles structurelles strictes. Cédric Sueur détaille :

Une reine au milieu, 5 % de fourrageuses chargées du ravitaillement et toutes les autres qui transmettent la nourriture par le bouche-à-bouche.

Même si cette organisation est complexe, elle n'est pas figée. Ainsi, la colonie est capable de s'adapter face à une maladie. Les chercheurs l'ont prouvé en inoculant un champignon à plusieurs fourmis. L'ensemble du collectif a rapidement réagi en appliquant la distanciation physique et la quarantaine. Des gestes barrières visant à préserver la colonie, mais surtout la reine. Cédric Sueur commente :

Nous nous sommes aperçus que les fourmis atteintes par le champignon se sont isolées. En plus de ça, les autres, celles qui n'étaient pas infectées, ont arrêté de se contacter les unes des autres via leurs antennes pour échanger de l'information ou via leur bouche pour échanger de la nourriture […].

L'efficacité de cette stratégie est redoutable. En effet, les fourmis malades meurent isolées, permettant à la colonie de perdurer.