Une récente étude américaine a affirmé avoir développé un nouveau mode de calcul permettant de convertir l’âge des chiens en âge humain. Le Professeur Dominique Grandjean de l’EnvA (École nationale vétérinaire d'Alfort) a réagi par rapport à ce sujet dans le magazine Sciences et Avenir. Il dénonce notamment le manque de rigueur de ces recherches.

Début novembre dernier, des scientifiques américains ont fait parler d’eux dans les médias en dévoilant, sur le site BioRvix, une formule pour traduire l’âge canin en âge humain. De nombreux spécialistes s’interrogent sur la fiabilité de ce mode de calcul.

En effet, la formule se base essentiellement sur des observations de labradors. De ce fait, il serait un peu précipité de valider sa généralisation.

Pour l’instant, ces travaux sont en phase de pré-impression. Autrement dit, les hypothèses des chercheurs américains doivent être validées par des pairs avant d’être reconnues par la communauté scientifique. Elles peuvent donc encore être réfutées entre-temps.

Une motivation discutable ?

Les auteurs de l’étude américaine se sont montrés particulièrement enthousiastes vis-à-vis des premiers résultats de leurs travaux. Trey Ideker, l’un des chercheurs, a déclaré dans le magazine New Scientist :

« C’est une révision importante de notre compréhension de la manière de traduire l’âge des chiens par rapport à celui de leurs propriétaires humains. »

Cependant, le Pr Grandjean remet en cause la motivation même des auteurs de cette étude. Il note :

« Quel intérêt cela représente à part faire le buzz ? Nous sommes ici dans l’anthropomorphisme outrancier : pour moi respecter un animal, c’est le respecter justement dans son animalité sans chercher à le comparer à l’humain. »

D’ailleurs, le vétérinaire ne manque pas de dénoncer l’absence d’intérêt scientifique dans ces travaux. Pourtant, ils ont mobilisé des moyens considérables, sur le plan humain et technique. Pendant ce temps, d’autres équipes de recherche ne disposent pas des ressources nécessaires pour mener des études plus sérieuses.


Au-delà du phénomène de mode, la plus grande faille de l’étude américaine réside dans le fait qu’elle se base seulement sur l’observation de labradors. Pourtant, les spécialistes recensent actuellement plus de 400 races différentes affichant chacune sa propre espérance de vie.

De plus, la race considérée ne représente pas vraiment un modèle fiable pour une généralisation de la formule. En effet, ne serait-ce qu’en comparant avec de proches parents comme les labradors retriever, les variations en termes de durée de vie sont importantes.

Une étude basée sur le processus de méthylation de l’ADN

L’âge de l’animal est un critère non négligeable dans de nombreux domaines comme l’assurance chien. Ainsi, il serait assez intéressant de gagner en précision dans l’évaluation de ce paramètre pour améliorer les diverses offres proposées aux propriétaires.

Dans le cadre de leurs travaux, les chercheurs américains ont cartographié les changements génétiques apparaissant généralement sur les génomes des vertébrés en vieillissant. Ils se sont donc focalisés sur une comparaison entre les chiens et les humains à travers des séquençages ADN ciblés pour observer le méthylanome de chaque espèce.

Par définition, le méthylanome est une forme de méthylations survenant au niveau de l’ADN. Concrètement, la cytosine mue progressivement par l’ajout de CH3 (groupement méthyle). Ce processus régule l’expression des gènes.


Les scientifiques américains ont analysé la méthylation de 104 labradors âgés de 16 ans tout au plus. Ils visaient notamment à maîtriser le remodelage épigénétique de l’ADN des sujets en fonction de leur âge. En effet, le taux de méthylation semble changer suivant l’espérance de vie de chaque espèce. Cette observation devrait donc aider à établir une correspondance entre l’humain et le chien.

Selon les auteurs de l’étude :

« La comparaison avec les méthylomes humains révèle une relation non linéaire qui traduit l’âge d’un chien en années humaines. »

Ils ajoutent :

« La méthylation n’est pas seulement un outil de lecture de l’âge, mais aussi un traducteur inter-espèce des étapes physiologiques du vieillissement. »

À l’issue de leurs travaux, ces chercheurs ont établi la formule : âge humain = 16ln (âge du chien)+31.