Les grands groupes ont toujours détenu le monopole du monde du funéraire. Aujourd’hui, de nouveaux opérateurs font leur entrée dans le secteur. Ces nouveaux acteurs se veulent innovants et souhaitent apporter un vent de changement pour proposer des services hors du commun et plus humains aux familles en deuil.

Étape inévitable au commun des mortels, la mort est un moment curieux. De concert, l'organisation post-mortem reste un sujet délicat. À la survenue d'un décès, la famille fait souvent appel à un opérateur funéraire pour prendre en charge ce dernier instant passé avec leur défunt bien-aimé.

Séverine Enjolras est anthropologue, elle a perdu des proches à cause du covid. Elle a pu découvrir de nombreux rites funéraires, mais n'était pas préparée quand c'était son tour d'être endeuillée. Ses recherches l'ont conduit à se questionner sur la façon dont le marché s'est, en trois décennies, approprié ce qui était jadis du sort de la famille.


Émergence des coopératives funéraires

D'après Séverine Enjolras, avant 1993, la gestion des obsèques incombait aux communes . C'était alors un service public, moyennant un coût moindre. Le vent a tourné après l 'entrée en vigueur de la loi Sueur qui mettait fin au monopole de la commune pour l'organisation des funérailles. Dès que le marché a pu être privatisé, de grands groupes commençaient à naître et assurance obsèques voyait le jour. On peut citer entre autres la holding canadienne OGF (Omnium de gestion et de financement) avec 623,5 millions d'euros de chiffre d'affaires l'année dernière. Ce groupe est un acteur majeur de la marchandisation des funérailles , et s'élargit continuellement en rachetant des groupes concurrents. Funecap est le principal rival d'OGF, avec 350 millions de chiffre d'affaires en 2021.

L'évolution des prestations funéraires

En proie au deuil, la famille se rue habituellement vers des pompes funèbres qui proposent des services standardisés : botte de fleurs, cercueil capitonné et livre hommage. De nos jours, les familles se tournent de plus en plus vers les cérémonies plus significatives . La tendance n'est plus de consacrer les obsèques pour pleurer. Selon le directeur des opérations du groupe OGF, Jean Ruellan, leur société préfère organiser des séquences chargées en émotions pour apaiser les proches du défunt.

Quant au groupe Funecap, ils sont plus orientés vers les services d'hommage personnalisé , réalisés sur-mesure. Philippe Le Diouron, le directeur exécutif,

Relate que ce type de cérémonie peut inclure des témoignages, un recueillement, une projection d'images et de vidéos souvenirs, ou même une chanson personnalisée.

Encore plus d'innovations

C'est une pratique peu courante, mais l'organisation d'une cérémonie à domicile est bien réalisable. Pour ce genre d'obsèques, la location d'une table réfrigérée est une condition sine qua non mais accessible, à un tarif de 100 euros, précise Philippe Le Diouron. L'incinération se retrouve également en vogue , et la cérémonie peut se faire ailleurs qu'au crématorium d'après Jean Ruellan d'OGF : dans un théâtre, un jardin privé ou un terrain de sport. Cependant, il est interdit de conserver les cendres chez soi et de les disperser n'importe où. La famille a jusqu'à un an pour les inhumer dans un terrain privé, les déposer loin du public en pleine nature, les mettre au cimetière ou sur un site cinéraire comme le jardin du souvenir ou le columbarium.