L’aide médical d’État (AME) dédiée aux résidents étrangers, dont les papiers sont irréguliers, se trouve constamment dans le collimateur du gouvernement pour d’éventuelles refontes. Ces désirs de changements prennent d’ailleurs forme alors que la politique migratoire est débattue au sein du Parlement fin septembre, ce, au grand damne des humanitaires. Mais les proréformes font montre d’arguments en béton.

934 millions d’euros, c’est l’estimation des dépenses de cette année, afférentes à l’aide publique octroyée aux migrants en situation irrégulière, sur le sol français, qui ont besoin d’interventions médicales.

Ce n’est qu’une infime portion par rapport au coût total. Mais c’est la raison principale pour laquelle le dispositif AME s’est trouvé au cœur des débats lors de la réunion des députés le 30 septembre dernier.

Une situation qui désole les défenseurs des droits des malades qui estiment que la situation déjà précaire de ces étrangers pourrait en devenir plus compliquée. D’autant que leur panier de soins est déjà nettement restreint alors qu’il s’agit d’un rempart essentiel pour l’équilibre de la santé publique.


L’AME se trouve encore au cœur des débats

Fin septembre et le début de ce mois sont à marquer dans les annales pour avoir été les dates de débat sur l’immigration en France, se déroulant respectivement à l’Assemblée nationale et au Sénat. Encore une fois, le sujet concernant l’AME est revenu sur le tapis.

Une situation qui n’étonne plus personne, notamment les humanitaires qui voient planer un ombre d’incertitude sur ce dispositif d’aide aux étrangers, résidant clandestinement depuis au moins trois mois dans le pays et éprouvant le besoin de se faire soigner.

Invité sur Franceinfo le 7 octobre dernier, un médecin bénévole travaillant au sein du centre parisien de Médecins du Monde, François Bournérias a d’ailleurs exprimé le fait que :

« C’est un marronnier qui revient régulièrement, notamment en période préélectorale ».

Des réajustements sont, en effet, prévus au niveau du panier de soins. Ce dernier devrait alors cibler en priorité les mesures médicales préventives, les maladies graves, les affections provoquant des douleurs aiguës et les accouchements. Il se trouve pourtant que les offres sont déjà réduites, du moins c’est ce que confirme Aline Merabtene, la coordinatrice du centre, qui énumère plusieurs inégalités par rapport au régime général :

  • Les cures thermales exclues ; 
  • Les soins esthétiques non couverts ; 
  • Les frais de contrôle bucco-dentaire pour les enfants non remboursés ;
  • Les procréations médicalement assistées non prises en charge ; 
  • Les lunettes, les prothèses dentaires et les implants auditifs non financés intégralement.

Pour ce dernier point pourtant, les citoyens détenteurs de couverture santé complémentaire commencent à bénéficier des bienfaits de la réforme du 100% Santé. Quoiqu’il faille encore recourir à un devis mutuelle pour dénicher les meilleures garanties, en attendant l’effectivité de cette nouvelle mesure.


Un sacrifice qui en vaut la peine

Si le service rendu se révèle être actuellement du minimum vital, il convient néanmoins d’admettre qu’il s’agit d’un moyen pour le moins primordial permettant de préserver la santé publique. À Aline Merabtene d’argumenter :

« C'est hyper important parce que ça permet aux gens de ne pas laisser se développer des pathologies, qui de toute façon finiraient par être prises en charge aux urgences ou en tout cas avoir un impact plus grand en termes de santé publique sur la société française ».

En effet, ce sont quand même 300 000 personnes qui en bénéficient, dont 3 000 par an sont accueillis au centre de santé de Médecins du Monde à Paris. Et parmi eux peuvent se trouver des malades souffrant de maladies contagieuses qui risquent d’affecter d’autres personnes à défaut d’être suivis médicalement. D’après le Dr François Bournérias :

« Si on laisse des personnes qui ont des maladies transmissibles comme le VIH ou la tuberculose sans prise en charge ni couverture de santé, on va avoir un risque potentiel de transmission ».

Certes, l’attention coûte cher à l’État, à raison de 943 millions d’euros tous les ans. Mais ce montant est quelque peu modique en comparaison avec la totalité des charges. Aline Merabtene souligne que :

« Ce chiffre correspond à 0,5% des dépenses de santé en France […] Quand on voit ce que ça coûte, c'est le minimum que peut faire un pays comme la France ».