La chloroquine figure actuellement parmi les nombreuses molécules étudiées par les scientifiques pour guérir les personnes atteintes de Covid-19. Même si leur efficacité reste encore à prouver, les Français se sont récemment rués sur les produits contenant ce principe actif. Les malades prenant habituellement ce type de médicament s’inquiètent ainsi des répercussions de cette tendance sur leur traitement.

Dans le secteur de la mutuelle santé, les traitements à base de chloroquine sont généralement associés aux personnes atteintes de lupus ou encore de polyarthrite rhumatoïde. Ces médicaments permettent, dans les deux cas, de limiter l’impact de la maladie auto-immune sur l’organisme. Ils doivent donc être administrés régulièrement et sur le long terme.

Face à la pandémie actuelle, certains médecins ont présenté l’hydroxychloroquine comme une molécule potentiellement efficace contre le coronavirus, entraînant ainsi une ruée vers les médicaments qui en contiennent. Si cette hypothèse fait encore débat dans le milieu médical, les malades qui ont vraiment besoin de ces produits commencent à avoir du mal en à trouver.

Un risque non négligeable de pénurie

Les personnes suivant un traitement à base d’hydroxychloroquine craignent de ne plus pouvoir s’en procurer depuis sa médiatisation en tant que piste thérapeutique contre le coronavirus. Sans surprise, de nombreux Français se sont effectivement empressés d’acheter ces médicaments depuis mi-mars 2020.


Cette tendance inquiète les médecins et les pharmaciens dans tout l’Hexagone. En effet, la plupart de ces achats sont motivés par des démarches préventives plus que curatives, selon les professionnels. Cette ruée risque ainsi d’accélérer l’apparition d’une pénurie sur le marché.

Anticipant ce problème, les autorités ont rendu les ordonnances obligatoires pour les produits à base de chloroquine depuis le 15 janvier dernier. Toutefois, tous les pharmaciens ne sont pas nécessairement au courant. De plus, les prescriptions de ces médicaments se sont multipliées pour traiter le coronavirus, parfois à titre préventif. Le trafic d’ordonnance tend également à aggraver la situation pour tous les antipaludéens.

À cause de ces pratiques, les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de lupus ont récemment eu des soucis d’approvisionnement pour leur traitement habituel. De nombreux malades s’en sont d’ailleurs plaints sur les réseaux sociaux, auprès de Lupus France et de l’AFPric (Association française des polyarthritiques et des rhumatismes inflammatoires chroniques).

La présidente de l’association Lupus France, Johanna Clouscard, a été personnellement touchée par le phénomène en tant que patiente. Elle a dû contacter cinq pharmacies près de son domicile dans le Tarn, avant de trouver une boîte de Plaquenil (médicament à base de chloroquine). Cette quantité correspond à un traitement de 15 jours.

Des médicaments indispensables pour des traitements de longue durée

Produit par Sanofi, le Plaquenil dispose d’une AMM (autorisation de mise sur le marché), notamment pour les traitements du lupus et de la polyarthrite rhumatoïde. Cette dernière touche environ 300 000 personnes dans l’Hexagone selon l’AFPric. Il s’agit d’une maladie auto-immune entraînant une inflammation chronique des articulations. Elle évolue généralement par poussées inflammatoires.


Si elle n’est pas traitée, la polyarthrite rhumatoïde risque de provoquer des déformations articulaires, voire des destructions irréversibles au niveau des articulations. Les traitements de fond, incluant le Plaquenil entre autres, permettent de limiter la dégradation des tissus.

Dans le cas du lupus, son propre système immunitaire se retourne contre le patient et détruit les cellules saines. Les défenses de l’organisme s’attaquent généralement aux articulations, à la peau et aux reins. Toutefois, ils sont aussi susceptibles de porter atteinte à d’autres organes. Les affections peuvent donc être très larges et se présenter sous une myriade de formes différentes.

Comme l’explique, Johanna Clouscard :

Il n’y a pas de chiffres officiels, mais la maladie touche environ 40 000 personnes en France. […] on n’en guérit pas, le Plaquenil, avec d’autres médicaments, permet juste de stabiliser la maladie.

Pour ces deux pathologies, le médicament doit être pris régulièrement et sur une longue durée. La présidente de Lupus France, par exemple, ingère deux doses quotidiennes de 200 mg depuis 17 ans. Le malade ne peut pas arrêter brusquement son traitement au risque de développer des symptômes de la pathologie comme les douleurs articulaires, l’apparition de plaques rouges ou de gonflement au visage, etc.