Depuis juillet dernier, les États-Unis ont recensé 18 décès et 1 080 cas d’une nouvelle pathologie pulmonaire liée à l’usage de cigarettes électroniques. Les autorités fédérales ont ainsi mis en place une veille sanitaire pour endiguer cette épidémie. Toutefois, au-delà du vapotage, les enquêteurs ne parviennent pas encore à identifier précisément les produits ou les e-cigarettes à l’origine du phénomène.

Face à ces cas de pneumopathie, les hôpitaux américains doivent gérer des utilisateurs de e-cigarettes, surtout des jeunes, présentant soudain des difficultés respiratoires. Les autorités sanitaires considèrent que l’épidémie évolue à un rythme plutôt rapide et tiennent à alerter le grand public sur les dangers du vapotage. Toutefois, les enquêtes sur le sujet stagnent pour l’instant en raison des divergences entre les résultats.

Au final, les responsables locaux de la santé publique sont confrontés à plus de questions que de réponses. Néanmoins, outre la consommation de cigarettes électroniques, ils étudient actuellement un autre point commun entre les malades, à savoir l’usage de cartouches contenant du THC (agent psychoactif du cannabis).


Une menace pour tous les vapoteurs

La première victime a été enregistrée dans l’Illinois. Les autorités ont entretemps repéré 22 cas similaires et décidé de lancer l’alerte auprès des autorités fédérales. Peu de temps après, le Wisconsin a fait de même.

Dans les deux États, les patients ont admis avoir vapoté au cours des 3 derniers mois. Il s’agissait le plus souvent de jeunes, en bonne santé, avec une moyenne d’âge de 19 ans. Un tiers d’entre eux avait moins de 18 ans. Les personnes affectées étaient majoritairement des hommes selon Jennifer Layden, chef du département de la santé publique en Illinois.

D’après la directrice adjointe du CDC (Centers for Disease Control and Prévention), cette tendance se confirme à l’échelle nationale. Ainsi, 16 % des malades ont moins de 18 ans et 8 sujets atteints sur 10 sont âgés de moins de 35 ans. Les individus appartenant à ces tranches d’âges sont d’importants consommateurs de e-cigarettes.

Au lycée par exemple, un jeune en terminale sur 4 admet avoir vapoté au moins une fois en août dernier. Cette pratique ne concernait pourtant que 11 % des lycéens en 2017, comme l’indique un sondage publié récemment dans le New England Journal of Medicine. Cela dit, l’âge moyen des victimes est de 49 ans.


Dans l’état actuel de l’enquête, tous les vapoteurs sont concernés par ce danger. En effet, les autorités n’arrivent pas encore à identifier la substance, le mélange ou la marque à l’origine de la pathologie. Rien que dans le Wisconsin et l'Illinois, sur 86 malades observés, les enquêteurs ont recensé pas moins de 234 produits fournis par 87 marques.

Des risques d’épidémie en France ?

Au-delà de l’organisation de l’assurance santé, le contexte sanitaire dans l’Hexagone est très différent de celui des États-Unis. Par exemple, le profil des vapoteurs varie sensiblement entre les deux pays. En effet, en France, les e-cigarettes sont surtout utilisées par les fumeurs essayant d'arrêter. Outre-Atlantique, cette mode est très répandue chez les jeunes qui n’ont parfois jamais consommé de tabac.

De plus, les lois régissant les marchés américains et français sont très différentes comme l’a indiqué à l'AFP, Rémi Baert, PDG de Kumulus Vape. Aux États-Unis, les fabricants n’ont aucune obligation légale de déclarer la composition de leurs produits auprès des autorités sanitaires. Dès lors, ils sont totalement libres d’utiliser tous les ingrédients qu’ils souhaitent.

Cet argument est toutefois remis en question par une enquête menée en 2017 par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). Selon cette étude, pour environ une cartouche de e-liquide sur deux, l'étiquetage et l'emballage sont non conformes aux règlements en vigueur. L’évaluation des risques et le suivi des cas deviennent dès lors plus difficiles.


De ce fait, les autorités sanitaires ont choisi de déployer de manière préventive un dispositif de surveillance pour détecter l’apparition d’une éventuelle épidémie de pneumopathie associée à l'utilisation de e-cigarettes. Comme l’explique Santé publique France, ce système de veille sera basé sur les signalements de maladies pulmonaires graves repérées et prises en charge au niveau des hôpitaux.

En somme, il vaut mieux éviter le vapotage. Les États de Richmond, Massachusetts et San Francisco ont même interdit la vente de produits y afférents.

Plusieurs pistes intéressantes

Actuellement, la FDA (Food and Drug Administration) et le CDC continuent d’effectuer des analyses pour déterminer les causes de cette épidémie. Jusqu’à présent, les agences sanitaires américaines n’ont trouvé aucun dénominateur commun concluant entre les 440 échantillons prélevés dans 18 États.

Même si l’enquête semble stagner, les scientifiques ont constaté que la majorité des personnes affectées par la maladie se sont servies de leur vapoteuse pour consommer des produits psychotropes. En effet, 78 % des malades ont admis avoir utilisé des recharges contenant du THC. Ils s’en sont procuré sous forme de recharges préremplies et sous emballage, auprès d’un dealer ou de leurs amis.

Selon d’autres études, le problème viendrait plutôt de la bobine métallique constituant le système de chauffage de la cigarette électronique. Ce dispositif semble à l’origine de particules métalliques pouvant être inhalées par l’utilisateur. Il s’agit de métaux potentiellement nocifs pour la santé comme le plomb ou le nickel.


Les experts et les autorités sanitaires recommandent ainsi d’éviter l’usage de e-cigarettes aromatisées en attendant d’avoir des pistes plus solides. Dans un article du New England Journal of Medecine, cette consigne a par ailleurs été renforcée par David Christiani, professeur du département de santé publique de l’Université d’Harvard.

D’après le spécialiste, les vapoteuses contiennent au moins six types de substances potentiellement nocives. De plus, le niveau de toxicité de ces composés tend à augmenter lorsqu’ils sont mélangés à des extraits de marijuana. Le professeur David Christiani note :

« Le mélange de produits chimiques pourrait même créer de nouvelles toxines ».