La canicule peut avoir des conséquences psychologiques et impacter la santé mentale

Avec le début de la saison estivale, les Français doivent également se préparer à la canicule qui risque à tout moment de se présenter. Chacun se doit ainsi d’adopter les bons gestes comme l’hydratation régulière ou le port d’habillement léger. Néanmoins, il est une chose pour laquelle il est difficile de se préparer : les impacts psychologiques de ces fortes chaleurs.

Plusieurs chercheurs, français, britanniques et américains, se sont penchés sur le sujet, et ont découvert qu’un lien existe entre forte chaleur et troubles psychiques. Avec des épisodes caniculaires fréquents et des températures qui vont rapidement au-delà de 40°C, le risque paraît important.


Des personnes plus vulnérables que d’autres

Cette année encore, les Français ont dû faire face aux épisodes caniculaires, qui semblent d’ailleurs s’aggraver au fil du temps. Jeudi 25 juillet, l’Hexagone enregistre même un record historique de 41°C à Paris, une température qui n’a pas été atteinte depuis près de 70 ans. Face à ces fluctuations inquiétantes, plusieurs chercheurs s’interrogent sur les effets psychologiques des fortes chaleurs. Ils émettent une conclusion identique : la canicule peut être source d’anxiété et de dépression.

Le risque est particulièrement important chez les personnes ayant des troubles mentaux. Elles peuvent en effet avoir des difficultés à adopter les bons gestes, à s’hydrater correctement ou à s’habiller d’une manière adaptée. Leur capacité limitée peut ainsi faire naître des sentiments d’anxiété et de dépression. D’ailleurs, certains de leurs médicaments empêchent l’autorégulation de la température par le corps.

Cette même vulnérabilité se retrouve également chez les personnes âgées ainsi que chez les personnes isolées socialement, telles que les SDF. Chez celles-ci, ce sont les craintes et les inquiétudes qui entraînent un état dépressif. Des inquiétudes qui s’installent parce qu’elles ignorent comment supporter la chaleur et à quel moment la température s’adoucira.

Les enfants en bas âge sont également concernés. En effet, la canicule a été identifiée comme responsable de la pollution atmosphérique, source de dépression. Une étude britannique réalisée février dernier montre qu’une exposition à des particules ultrafines entraîne une inflammation du cerveau, qui se trouve elle-même à l’origine de la dépression. Les enfants exposés à ces particules fines peuvent ainsi développer un état dépressif dès l’âge de 18 ans.


Des recherches encore insuffisantes

Dans un tel contexte, les sensibilisations ainsi que les prises en charge, notamment par la mutuelle santé, sont donc cruciales. Les personnes concernées ont particulièrement besoin d’une prise en charge psychologique, qui permet de les rassurer. Néanmoins, le manque de recherches dans le domaine peut être un obstacle qui empêche la prise de conscience et les avancées en termes de prise en charge.

L’intérêt pour le lien entre conditions climatiques et effets psychologiques est d’ailleurs récent. Il a notamment commencé en 2005, pendant que les Américains subissaient les conséquences de l’ouragan Katrina. Les chercheurs ont ainsi constaté qu’après ce sinistre, les idées suicidaires ont été perçues chez de nombreuses victimes. Le nombre de suicides et les cas de dépression ont également augmenté.

S’ensuivent d’autres études comme celle qui a permis d’identifier un autre trouble, que le climat et les fortes chaleurs peuvent entraîner. Il s’agit de l’éco-anxiété, un sentiment d’angoisse qui résulte d’une sensation d’impuissance face à la dégradation de l’environnement. L’éco-anxiété peut se développer pendant les périodes caniculaires, durant lesquelles les personnes concernées sont exposées directement aux conséquences du réchauffement climatique.

Mais malgré les analyses réalisées, les chercheurs estiment que les études sont encore insuffisantes. Ainsi, les liens qui unissent les fortes chaleurs aux troubles psychiques ne sont pas encore suffisamment expliqués. De même, si les troubles possibles ont été identifiés, les chercheurs et les professionnels de la santé ignorent comment les traiter. Faudra-t-il les intégrer parmi les troubles psychologiques classiques ou doivent-ils faire l’objet d’un traitement qui leur est propre ?


Un risque qui touche l’ensemble de la population

Les études portées à l’égard de cette relation entre température et troubles psychologiques paraissent ainsi urgentes. En effet, dans les années à venir, les épisodes caniculaires peuvent être plus fréquents. De même, le vieillissement de la population et la concentration en zone urbaine, plus touchée par la canicule, montrent qu’il est utile de trouver un moyen de maîtriser les troubles psychiques identifiés.

D'ailleurs, ils ne touchent pas qu’une partie de la population. Tous peuvent développer ces états d’anxiété, de dépression et d’agressivité dès lors qu’il y a une exposition à une forte chaleur. Une étude menée par des chercheurs des universités de Berkeley et Stanford confirme même qu’une hausse de 1°C de la température fait déjà augmenter de 4 % la violence entre personnes, et de 14 % la violence dans les groupes.

Cette agressivité a une cause connue : le manque de sommeil. En effet, en période caniculaire, la température reste souvent élevée même pendant la nuit. Cette forte température impacte la qualité et la durée du sommeil. Au réveil, l’agressivité est donc bien présente. Un facteur biologique a également été identifié : la cortisone. La chaleur favorise en effet la sécrétion de cette hormone, qui déclenche des réactions de stress. Les états d’agressivité et d’impulsivité apparaissent ainsi facilement, entre stress et manque de sommeil.

Pour l’heure, les recherches réalisées pour identifier l’impact d’une forte chaleur sur la santé mentale restent peu nombreuses. Avec le temps, ces études peuvent se développer, notamment en raison des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents, affichant également des températures plus élevées.