Pendant de longues années, des campagnes de prévention ont été menées auprès de la population pour qu’elle réduise la consommation de charcuterie et de viande rouge. Mais certains scientifiques vont à l’encontre de cette recommandation, car ils jugent les risques associés peu significatifs. Il reste à savoir comment vont réagir les Français par rapport à ces divergences d’opinions.

Afin de prévenir l’apparition de certains cancers et maladies chroniques, de nombreux pays incitent leurs habitants à réduire l’achat de charcuterie et de viande rouge. D’ailleurs, une branche de l’OMS œuvrant dans la recherche concernant le cancer a classé ces aliments comme étant cancérogènes. Les recommandations de Santé publique France vont dans ce sens. L’Agence nationale fixe à 500 grammes par semaine la consommation de toute autre viande que la volaille, et à 150 grammes la charcuterie.

Mais un groupe de chercheurs estiment l’application de ces consignes inutile. Quels sont les fondements des contre-études y afférentes ?

Des consignes contradictoires à celles des institutions de santé

Plusieurs chercheurs ambitionnent de faire évoluer les recommandations concernant l’alimentation au quotidien, de manière à orienter vers une médecine personnalisée. Certains d’entre eux ne découragent ainsi pas les adultes à consommer de la viande rouge, à raison de 3 à 4 portions en moyenne dans la semaine. Ils sont d’ailleurs convaincus que d’autres facteurs autres que les habitudes alimentaires impactent l’état de santé, ce qui ne devrait pas inciter à isoler les conséquences provoquées par un seul aliment.


Nombre de spécialistes de santé publique et d’organisations traitant la question n’ont pas manqué de réagir face à ces nouvelles consignes qui s’adressent aux Européens et aux Américains. Quoi qu’il en soit, parmi les 14 scientifiques du groupe de chercheurs susmentionné, 11 ont adhéré aux nouvelles recommandations dévoilées le 30 septembre dernier.

John Ioannidis, qui enseigne la médecine à Stanford, pense que les messages délivrés par les institutions sont déformés. Il avance à l’Agence France-Presse que la qualité des preuves fournies dans les études précédentes devrait inciter à en prendre conscience :

« La façon dont les épidémiologistes promeuvent avec ferveur l’existence de bons et mauvais aliments depuis des années nous a détournés de messages plus simples et plus importants, tels que la nécessité de manger avec modération et de ne pas devenir obèses ».

Des risques sur la santé jugés faibles et des preuves qui ne permettent pas de lever les doutes

Les multiples rapports réétudiés par le collectif de chercheurs mettent en avant l’idée selon laquelle la diminution de la consommation de charcuterie et de viande rouge peut réduire le taux de mortalité lié au cancer de 7 décès pour 1 000 individus. Comme le panel de scientifiques juge cette baisse peu significative, il établit que le fait de manger ce type d’aliment ne nuit nullement à la santé. Les compagnies d’assurance santé tiendront-elles compte de cette information ?

Si les spécialistes de Harvard déplorent la manière dont les risques ont été évalués par les auteurs des nouvelles recommandations, ces derniers en rajoutent. Se basant sur une méthode appelée « GRADE », ils indiquent que les preuves censées démontrer un lien entre certaines pathologies chroniques et la consommation de viande demeurent incertaines. C’est ce qui ressort des articles publiés par l’American College of Physicians dans la revue Annals of Internal Medicine.


Bradley Johnston, qui enseigne à l’université de Dalhousie en tant que professeur associé d’épidémiologie et dirige le groupe NutriRECS, précise que le collectif de scientifiques préfère laisser le choix aux consommateurs :

« Nous livrons aux gens notre meilleure estimation de la vérité, qui est incertaine. Selon leurs propres préférences, ils peuvent décider de réduire ou d’éliminer [la viande et la charcuterie] … Mais notre recommandation est que, pour la plupart des gens, la meilleure approche est de continuer, étant donné la très faible réduction de risques et l’incertitude des preuves ».