Les principaux acteurs de l’intérim ont été abasourdis par la disparition d’environ 500 000 emplois dans le secteur durant les premières semaines de confinement. Les travailleurs concernés représentaient plus de la moitié des intérimaires recensés en France. Depuis, la situation s’est légèrement améliorée. Toutefois, les analystes excluent d’emblée la possibilité de retrouver les niveaux habituels en la matière.

Dès le début du confinement, l’industrie et le bâtiment ont dû suspendre leur activité dans tout l’Hexagone. Il s’agit pourtant des principales réserves d’emplois pour les intérimaires. La crise sanitaire a ainsi révélé la grande précarité de ces travailleurs, au même titre que les CDD. Ce phénomène s’est logiquement répercuté sur le marché de la mutuelle intérimaire.

Selon son patronat, le secteur de l’intérim a enregistré un recul de 61 % en avril dernier. Ce chiffre représente près de 475 000 emplois en ETP (équivalent temps plein), dans un domaine comptant environ 800 000 travailleurs. Néanmoins, les professionnels font état d’une légère reprise depuis mai dernier.

Des contrats encore plus précaires

Les organisations syndicales ont dénoncé, mi-mars 2020, les conditions de travail des intérimaires en pleine pandémie. En effet, en raison du manque d’équipements de protection, ils étaient souvent exposés aux risques de contamination et craignaient continuellement d’être infectés par le Covid-19.


Aujourd‘hui, ces travailleurs sont davantage préoccupés par leur emploi et leur avenir professionnel en général. D’ailleurs, de nombreux intérimaires sont désormais obligés de se tourner vers Pôle emploi en raison de la lenteur de la reprise dans les principaux secteurs pourvoyeurs de travail.

Comme l’a expliqué à l’AFP le responsable de la CGT intérim, André Fadda :

L'intérim n'est pas reparti chez Renault, chez Airbus, et dans les endroits où cela repart doucement, il y a des conditions de travail plus dures et des cadences qui explosent.

Dans ce contexte, les CDI intérimaires tendent à se multiplier. Il s’agit d’une formule qui permet aux employeurs de réduire significativement les rémunérations. De même, certaines entreprises optent désormais pour les CDI à des fins d'employabilité. Ce nouveau type de contrat est généralement destiné aux candidats les plus éloignés de l’emploi. En raison de leur situation, ces profils permettent au patronat de bénéficier de plus de flexibilité, au détriment des droits des travailleurs.

FO prévient toutefois contre les dérives des CDI intérimaires. Selon le syndicat, ce type de contrat facilite trop l’embauche et le licenciement. Les jeunes risquent notamment d’être les premières victimes de cette pratique. D’après l’OIT, la crise sanitaire a déjà privé d’emploi un jeune sur six à l’échelle mondiale.


Le directeur général de l’institution, Guy Ryder, note :

Faute de prendre d'urgence des mesures énergiques pour améliorer leur situation, nous allons peut-être devoir assumer l'héritage du virus pendant des décennies.

De graves conséquences sur le marché de l’emploi

Depuis la levée du confinement, le marché de l’intérim affiche une amélioration encourageante pour les travailleurs. La baisse de l’activité devrait toutefois atteindre 50 %, selon Prism’emploi, une entité rassemblant les principaux acteurs du secteur. Néanmoins, près d’un intérimaire sur quatre a eu la possibilité de bénéficier du chômage partiel. Il s’agit surtout des salariés affectés sur des missions longues.

D’après l’économiste Bruno Ducoudré, de l'OFCE :

Le niveau de l'activité semble repartir en mai, cela va se traduire assez rapidement sur l'intérim, car le lien n'est pas cassé entre les intérimaires et les entreprises.

En France, l’intérim a connu une hausse importante de 2016 à 2018, notamment grâce à la flexibilité propre à ce modèle. Cette tendance a continué l’année dernière. La reprise post-confinement devrait, en revanche, rester modérée en raison de la baisse de rythme dans la plupart des secteurs d’activité. D’ailleurs, de nombreuses entreprises limiteront les recours à l’intérim dans un premier temps.

La société Safran Seats, par exemple, a récemment annoncé la suppression de 120 prestataires et de 250 intérimaires sur son site de production d’Issoudun, dans l’Indre. Le fournisseur se spécialise dans l’approvisionnement des compagnies aériennes en sièges passagers. D’autres firmes se trouvent actuellement dans le même cas que cet industriel.

Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, prévoit à terme une hausse du niveau de chômage jusqu’à 10 %. Pour rappel, le taux était estimé à 8,1 % avant le début de la crise sanitaire. En définitive, l’exécutif ne sera pas en mesure de respecter ses engagements par rapport à la réduction du niveau de chômage à 7 % avant la fin de l’actuel quinquennat.