La désertification médicale prend de l’ampleur en France

L’accessibilité des soins de santé est devenue une problématique majeure pour les Français. Et pour cause, la désertification médicale s’accélère depuis quelques années. Les raisons en sont nombreuses. Et les départs en retraite ne font qu’accentuer la pénurie de médecins. Pourtant, dans les prochaines années, environ 40 % des médecins généralistes sont encore prévus partir à la retraite.

Pour résoudre cette problématique, le projet de loi de Santé a avancé la suppression du numerus clausus qui réduit le nombre d’étudiants pouvant accéder à la deuxième année de médecine. Mais il faudra patienter quelques années pour voir l’impact de cette décision. Des mesures apportant une solution immédiate sont attendues.


Les moyens déployés sont insuffisants

Que faire pour lutter contre les déserts médicaux ? Pour l’heure, les autorités préfèrent adopter des mesures incitatives et ont attribué à la Sécurité sociale le soin de les mettre en application. Dans ce cas, la responsabilité des déserts médicaux revient-elle à celle-ci ?

Au vu de la situation actuelle, il est difficile d’exclure le rôle que joue l’Assurance Maladie. En effet, celle-ci ne s’est jamais réellement impliquée pour promouvoir des mesures incitatives qui visent à augmenter le nombre de médecins en ville. Elle continue de proposer des tarifs dérisoires aux personnels soignants, et aucune collaboration permettant de valoriser tant la profession que les professionnels n’a été mise en place.

À cela s’ajoute la lourdeur des démarches administratives, qui aboutit parfois à des retards de paiement ou même des impayés. En conséquence, les jeunes médecins sont peu attirés par un exercice en ville, et d’une manière générale en France. Et les médecins qui partent à la retraite ne sont pas tous remplacés. Dans certains cas, il n’y a carrément aucun relais.

Afin de pallier cette pénurie de médecins, la Sécurité sociale doit mieux assumer son rôle tant au niveau des patients qu’au niveau des professionnels de la santé : faciliter l’accès aux soins pour les premiers, et fournir un environnement où ils pourront mieux exercer leur métier pour ces derniers.


Elle doit s’impliquer davantage afin de mettre en place des tarifs justes, sur la base des normes des pays développés, pour les soins et les professionnels en charge de les prodiguer. De cette manière, les jeunes praticiens seront davantage motivés à s’engager auprès du public et à exercer en France.

La situation se dégrade

Dans le même temps, une nouvelle organisation devrait également se mettre en place au niveau de la caisse d’assurance maladie qui n’est toujours pas à en phase avec la digitalisation. La dématérialisation permet pourtant de supprimer les pyramides hiérarchiques qui pèsent sur les institutions sanitaires. Des mesures qui paraissent urgentes, sachant que la désertification médicale affecte à l’heure actuelle les zones rurales autant que les zones urbaines.

En ville, la pénurie de médecins entraîne un engorgement des urgences. Les chiffres montrent que 85 % des personnes admises en urgence souffrent de pathologies qui peuvent être traitées chez elles. Faute de médecins, ces patients se rendent pourtant directement aux urgences, réduisant le nombre de lits libres.

L’impact des déserts médicaux est d’autant plus difficile à gérer en cette période de fortes chaleurs, où le nombre de patients à prendre en charge, constitués en grande partie de personnes fragiles, augmente.


Le pouvoir public a déjà financé le secteur avec quelques millions d’euros. Mais l’impact d’un tel investissement est moindre face à l’étendue du nombre de patients qui ont besoin de soins, notamment en périodes caniculaires. Il s’avère ainsi crucial de mettre en place des mesures qui permettent d’augmenter le nombre de praticiens dans les zones urbaines, particulièrement dans les villes les plus affectées comme Paris, ainsi que dans les urgences.

En ville comme dans les urgences, il faudra plus de médecins pour effectuer les diagnostics et prescrire des traitements médicamenteux adaptés, et plus de personnel administratif pour prendre en charge les patients. Cela permettra de gérer les pathologies telles que la grippe ou celles liées à un coup de chaleur dans un cabinet médical local. De quoi éviter une surcharge dans les urgences.