La détection de protéines bêta amyloïdes dans le sang n’induit pas forcément l’apparition de l’Alzheimer

Plusieurs millions de personnes dans le monde sont actuellement atteints de démence, dont la maladie d’Alzheimer qui est une forme de dégénérescence neurologique. Et le vieillissement de la population pourrait empirer les choses puisque ce nombre va encore doubler, voire tripler dans les prochaines décennies alors qu’à ce jour, aucun traitement ne peut guérir cette pathologie. Les recherches affluent alors, portées notamment sur la détection précoce, et ce, afin de prévenir son apparition.

Il y a quelques semaines, la mise au point d’un test pouvant détecter les signes avant-coureurs 20 ans avant les premiers symptômes, comme l’ont communiquée plusieurs professionnels du média, crée une polémique. Une découverte dont l’efficacité est pourtant mise en doute par l’étude INSIGHT menée, des années auparavant, par le neurologue Bruno Dubois.


Une information tant espérée, mais qui s’avère déformée

Au début de ce mois, la revue médicale Neurology a révélé le lancement d’une récente étude concernant l’éventuelle apparition de plaques amyloïdes dans le cerveau, source probable de troubles neuro-cognitifs. À savoir, 158 individus en parfaite santé ont subi un prélèvement de sang. Une dizaine de chercheurs se sont ensuite mis à jauger la concentration des protéines bêta amyloïdes présentes dans leur objet d’analyse.

Puis, deux vagues d’examen d’imagerie cérébrale, nommé PET-Scan, sont opérées sur les participants, à 18 mois d’intervalles au maximum. Le but étant de savoir si des plaques se sont formées entre temps. Il s’avère que ceux ayant été déclarés positifs aux deux types de macromolécules biologiques se sont vus en apparaître plusieurs.

Une conclusion dont plusieurs polémistes se sont emparés, exagérant notablement leurs déclarations au point d’affirmer que le taux d’efficacité du test sanguin s’élève à 94%. Certains gros titres stipulent que :

Un test serait capable de détecter des signes de la maladie vingt ans avant ses effets.

Il faut savoir que cette forme de dégénérescence, heureusement prise en charge par certains contrats de mutuelle santé, provient d’un fort entassement de protéines bêta amyloïdes formant progressivement des plaques (pendant 10 à 15 ans). Ces derniers vont jusqu’à asphyxier les neurones au point de les anéantir.


Aucun test prédictif ni traitement à ce jour

Face à ces nombreuses déclarations exaltantes, le quotidien Le Figaro a interviewé le professeur Bruno Dubois afin d’être mieux fixé. Ce neurologue, qui plus est, à la tête de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière dans la ville de Paris a bien confirmé que la présence de plaques est reliée aux protéines bêta amyloïdes visibles dans le sang.

La probabilité pour celles-ci de se développer serait même, dans ce cas, estimée à 15 fois plus élevée d’après la précédente étude. Le scientifique a toutefois souligné que :

Le fait d’avoir des plaques ne veut absolument pas dire que l’on va développer la maladie. Certaines personnes en ont et ne seront jamais malades. En revanche, tous les malades d’Alzheimer ont des plaques. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante.

Pour appuyer sa thèse, il a remis sur le plateau les résultats de l’étude INSIGHT qu’il a lancée quelques années auparavant au sein de l’hôpital où il exerce. 300 personnes, d’une moyenne d’âge de 76 ans, y ont participé en passant un PET-Scan. Des plaques amyloïdes ont été détectées sur 88 d’entre elles. Cependant, 10 seulement ont eu la maladie. Au neurologue alors de conclure :

Cette étude est une étape intéressante, mais il va falloir trouver les facteurs modulateurs qui vont soit dans le sens de l’accélération, soit du ralentissement de la maladie.

Aussi faut-il admettre qu’aucun test prédictif n’est disponible à ce jour ni aucun traitement d’ailleurs en vue de pallier la pathologie ou ne serait-ce que ralentir son évolution. La seule solution possible serait de restreindre les risques de développement en améliorant l’hygiène de vie, c’est-à-dire :

  • Prohiber la malbouffe en rééquilibrant son alimentation ;
  • Faire des activités physiques ;
  • Contrôler les indicateurs-clés de son corps, notamment le poids, la tension artérielle, le cholestérol et la glycémie ; 
  • Sortir de l’addiction à l’alcool et au tabac ;
  • Stimuler son cerveau.