Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se doter d’équipements technologiques pour surveiller l’état de santé de leurs salariés. Ils se présentent comme une solution afin de garantir la sécurité sur le lieu de travail. Ils font pourtant naître des interrogations sur le respect de la vie privée. Faut-il s’inquiéter d’une éventuelle fin du secret médical ?

Le Consumer Electronics Show 2021 a présenté d'innombrables innovations technologiques, conçues pour faire face à la pandémie. Des entreprises du monde entier sont venues pour faire connaître la solution qui permettrait de ralentir la propagation du virus. Certains employeurs semblent avoir été convaincus de leur efficacité. Pour eux, ces dispositifs permettent de garantir la sécurité et d'inciter les salariés à reprendre leur poste au bureau.

Mais qu'en est-il des données collectées ? Hormis les symptômes du Covid-19, elles peuvent renseigner sur l'état de santé général du salarié et les pathologies dont il souffre. Des informations jusqu'alors réservées aux personnels soignants et aux mutuelles santé.


Une efficacité qui n'a pas encore été prouvée

Pour Darrel M. West, vice-président de Brookings Institution, ces outils suppriment la barrière qui protège la vie privée des salariés. Selon lui, ils pourraient mener vers une violation du secret médical.

Un rapport rendu public en 2020 par le groupe de défense des consommateurs Public Citizen dénonce le même risque. Ces dispositifs donneraient à l'entreprise la possibilité de connaître ce qui relève du cercle privé. Le document recense une cinquantaine d'applications et d'outils technologiques sur le marché. Ils sont présentés comme des solutions pour surveiller le lieu de travail et empêcher la propagation du virus. Cependant, le groupe rappelle que leur efficacité n'a pas encore été confirmée jusqu'à ce jour.

Jay Stanley, analyste au sein de l'Association de défense des droits civiques (ACLU), attire l'attention sur le danger d'une dépendance. D'autant que la performance de ces technologies est loin d'être incontestable.

Une barrière difficile à instaurer

L'analyste soutient que l'employeur est en droit d'instaurer des dispositifs pour assurer la santé et la sécurité des salariés. Il s'inquiète toutefois sur le risque que cette pratique représente sur le long terme. L'employeur pourrait profiter de l'épidémie pour récolter des informations sur ses salariés. Y compris celles qui concernent leur vie privée.


Trouver le juste équilibre s'avère complexe, indique Forrest Briscoe, professeur à Penn State University. Selon lui, il est compréhensible que l'employeur demande une preuve de vaccination. Toutefois, ces solutions peuvent passer outre les réglementations concernant le respect de la vie privée et du secret médical.

Les entreprises qui collaborent avec un prestataire externe peuvent contourner le problème, mais rien n'est garanti. Certaines start-up technologiques ont pour métier la collecte et la vente de données privées. Comment trouver un compromis dans ce contexte ? En attendant, les équipements utilisés sur les lieux de travail se multiplient.