Primes, hausse de budget, reprise d’une partie des dettes… toute une série de nouvelles mesures mises en place le mois dernier afin de calmer les tensions dans les hôpitaux publics. Un plan d’urgence qui semble quelque peu déplaire à la Mutualité Française puisqu’elle le qualifie de partial. Selon lui, Les Espic (établissements privés d’intérêt collectif) méritent également les mêmes faveurs.

Le caractère privé des Espic ne les empêche pas de partager les principes et les valeurs des hôpitaux publics. Ils assurent, de ce fait, l’accès aux soins pour tous, de jour comme de nuit. Et ce, qu’il s’agisse de prévention, d’urgence, de traitement, de continuité de soins ou d’orientation.

C’est d’ailleurs cette omniprésence que le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, a mis en avant quand il a déploré l’inégalité de traitement entre les hôpitaux publics et ce type d’établissement. Une réflexion exprimée à la suite de l’annonce de nombreuses mesures en faveur des premiers par Matignon. D’autant que les Espic ont fortement besoin de coup d’épaule pour continuer à jouer leur rôle dans l’univers de la santé français.


De nombreux avantages en faveur du personnel des hôpitaux publics

La Mutualité Française est une entité de grande envergure qui représente en son sein 540 mutuelles d’activités diversifiées. Des établissements d’assurance détenant le deuxième rôle dans le financement des dépenses de la population, en matière de santé (le premier revient à l’Assurance maladie). En effet, grâce à des complémentaires santé, les assurés peuvent jouir d’une couverture étendue sur :

  • Les établissements hospitaliers ;
  • Les centres optiques et auditifs ;
  • Les cliniques dentaires ;
  • Les centres dédiés à l’accompagnement des personnes dépendantes (les handicapés et les personnes âgées) ;
  • Les crèches et les services dédiés à la petite enfance.

Au total, ce sont 35 millions de Français qui bénéficient des avantages alloués par une mutuelle, soit un individu sur deux. Ainsi, il n’est pas étonnant que l’association ait réagi fortement à l’annonce du Premier ministre de son plan d’urgence qui ne devait concerner que l’hôpital public, à savoir :

  • Le renforcement de l’attractivité des centres hospitaliers localisés dans les territoires en tension, notamment via la prime annuelle de 800 euros net attribuée aux infirmiers et aides-soignants vivant à Paris et sa proche banlieue qui gagnent moins de 1.900 euros par mois ;
  • L’accompagnement des débuts de carrière des soignants et les soutiens accordés à ceux qui se rapprochent de leur retraite ;
  • La prime mensuelle de 100 euros net octroyée aux aides-soignantes exerçant en gériatrie et possédant les compétences requises (à compter de 2020) ;
  • L'augmentation du budget, d’une valeur de 300 millions dès 2020, soit 1,5 milliard d'euros sur trois ans ;
  • La reprise de 10 milliards d'euros de la dette sur trois ans pour lui permettre de restaurer son équilibre financier.

Un besoin de reconnaissance, mais surtout de soutien

D’après la Mutualité Française, les initiatives prises par Matignon sont loin d’être équitables vis-à-vis des Espic. Le fait est que ces établissements privés participent également au service public hospitalier, et ce, au même niveau que les entités publiques. À son président, Thierry Beaudet, d’exprimer son regret :

« Ce plan de soutien, qui arrive bien tardivement, n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Les Espic sont salués pour la qualité de leurs services. Leur rôle est incontournable dans l’accès aux soins sur les territoires, en complément de l’offre publique. Nous ne comprenons pas qu’ils demeurent les grands oubliés de ce plan de soutien à l’hôpital »

Force est pourtant de constater que les Espic ont autant besoin d’un coup de pouce gouvernemental en raison de la dégradation évidente de leur situation financière due à :

  • L’effacement du CITS (crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires) qui contribuait à l’acquisition des 50% de leur bénéfice ;
  • Leur grille tarifaire continuellement basse ;
  • L’optimisation de leurs moyens.

Aussi la Mutualité Française fait-elle appel au rehaussement de l’Ondam (objectif national des dépenses d'assurance maladie). Cela, afin que les centres de santé mutualistes puissent espérer obtenir des ressources supplémentaires. Elle tient également à rappeler que subvenir aux besoins de ces établissements sert avant tout l’intérêt de tous les patients.