Pour les spécialistes, les États-Unis ont toujours représenté un cas à part face à une éventuelle épidémie. Il s’agit d’un des seuls pays développés affichant un nombre important d’habitants sans assurance santé. Ils ont donc peur des hôpitaux pour des raisons financières. De même, les immigrants illégaux évitent les médecins, aggravant ainsi les risques sur le plan épidémiologique.

Aux États-Unis, 27,5 millions de personnes ne disposent pas de mutuelle santé pour couvrir leurs frais médicaux, même en cas d’hospitalisation. Pourtant, le coût des soins dans le pays fait partie des plus élevés dans le monde. De ce fait, les épidémiologistes redoutent l’apparition d’une catastrophe sanitaire, si le coronavirus arrivait sur ce territoire.

Par ailleurs, les Américains ont pris pour habitude d’aller travailler avec un rhume ou en présentant des symptômes grippaux. En effet, dans certains états, les congés maladie peuvent affecter le salaire des employés ou même entraîner un licenciement. Eu égard à ces différents facteurs, le Covid-19 risque de se propager très rapidement à l’échelle nationale.

Facteurs culturels non négligeables

La culture américaine a toujours accordé une grande importance au travail. De ce fait, les arrêts-maladie ont généralement une connotation négative dans le pays. Dans certains États, il est même possible de licencier un employé malade. De ce fait, les problèmes de santé considérés comme mineurs (rhumes, grippes, etc.) n’empêcheront pas les Américains de se rendre sur leur lieu de travail.


Cet état d’esprit risque toutefois de devenir problématique en cas d’épidémie, en l’occurrence face au Covid-19. De plus, les principes du travailleur américain entrent en contradiction avec les consignes du Centre de contrôle et de prévention des maladies encourageant la population à l’autoconfinement.

Concrètement, les autorités sanitaires américaines incitent les personnes développant des symptômes grippaux à rester chez elles, tant que leur état ne requiert pas une hospitalisation. Pourtant, de nombreux salariés ne peuvent pas se permettre de suivre ces recommandations, comme le souligne l’épidémiologiste Brandon Brown, de l’université de Californie à Riverside.

L’autoconfinement expose en effet à des pertes de revenus, voire à un licenciement. De plus, il n’existe aucune loi fédérale protégeant les salariés des éventuelles répercussions de leurs conditions de santé sur leur travail.

Une situation creusant les inégalités

En raison des spécificités du système américain, l’accès aux soins se révèle particulièrement difficile pour le consommateur dont les revenus sont moyens ou faibles. Ces inégalités risquent de s’aggraver en cas de propagation du coronavirus selon le directeur de l’unité de confinement biologique à l’université Johns Hopkins, Brian Garibaldi.

D’ailleurs, la plupart des salariés ont peur de consulter un médecin ou de se faire hospitaliser en raison des dépenses générées par ces interventions. Les frais liés aux soins médicaux risqueraient même de menacer leurs économies. De ce fait, de nombreux Américains se résignent déjà à ne pas approcher les professionnels de santé, même en cas d’épidémie.


En 1986, le Congrès a voté une loi garantissant la prise en charge de toute personne admise aux urgences, indépendamment de sa solvabilité. Ainsi, tous les citoyens pourront en principe être traités face à un problème grave. Toutefois, par la suite, les hôpitaux peuvent exiger de se faire payer par les patients.

Cette situation constitue l’une des principales craintes des Américains sans assurance santé. Pour leur part, les immigrés clandestins rechignent à se rendre dans un hôpital de peur d’être interpellés et rapatriés. Ce qui complique l’identification des éventuels porteurs du Covid-19.