2020 s’annonce pour la Sécurité sociale avec des nuages à l’horizon. De fait, son compte se retrouve dans le rouge, bien loin des prévisions de retour à l’équilibre annoncées en 2018. Et l’on peut dire que les dépenses en progression de l’Assurance maladie y sont pour quelque chose. À savoir, celles liées à certains postes se sont notablement accrues par rapport aux autres.

+2,6%, c’est la tendance haussière relevée dans les données statistiques depuis le début de l’année en ce qui concerne les charges afférentes à la branche santé de la Sécurité sociale. Ce dynamisme s’explique par l’accélération de tous les postes de dépenses, dont une forte progression pour certains notamment les auxiliaires médicaux. Seuls, les soins de généralistes semblent accuser une certaine stabilité.

Le plus impressionnant, c’est le rehaussement au niveau des indemnisations liées à la liste des produits et prestations (LPP) ainsi que celles des arrêts maladie. Le gouvernement a d’ailleurs à l’œil ces dernières, ayant déjà promis l’année dernière de faire en sorte qu’elles régressent. Toujours est-il que les mesures prévues sont loin d’être rigoureuses.


Les soins d’auxiliaires médicaux sont plus coûteux

Les dépenses de la Sécurité sociale liées à l’assurance santé maintiennent son évolution tendancielle, cette année, à raison de +2,3% à fin octobre dernier. En glissement annuel, la hausse s’estime à 2,2%, d’après les statistiques mensuelles de sa branche d’indemnisation de soins. Et encore, les rémunérations forfaitaires des médecins n’ont pas été considérées dans le calcul.

À savoir, certains postes ont été largement plus dépensiers que d’autres, notamment les interventions d’auxiliaires médicaux qui ont augmenté de 4,2% sur un an et de 3,9% au cours des dix premiers mois de l’année. Parmi elles se trouvent les soins masso-kinésithérapeutiques qui ont progressé de 3,4% sur douze mois, mais de 2,8% sur la période susmentionnée. Ceux prodigués par les infirmiers, quant à eux, se sont accrus de 4,2% (+4,1% de janvier à octobre).

À préciser également que les compensations afférentes à la LPP ont aussi notablement évolué, à raison de 4,7% sur cette même période (+4,4% en glissement annuel) alors que les médicaments délivrés en ville, remboursés, ont haussé de 2,6% (+2,5% en un an).

Force est également de constater que les soins médicaux et dentaires n’ont augmenté que de 2% sur ces dix mois. Leur évolution a même été plus modérée en considérant les douze mensualités passées (+1,8%).


En cause, certaines dépenses ont été restées stables, compensant le reste : 

  • -0,7% pour les soins de généralistes (-0,8% sur un an) ; 
  • +2,2% pour les soins de spécialistes (+2,1% sur un an) ; 
  • +3,1% pour les interventions de dentistes (+2,5% sur un an).

Les indemnités journalières retiennent l’attention du gouvernement

Il va sans dire que ces données sont loin d’être conformes par rapport à l’objectif de dépenses voté dans le cadre du budget de la Sécu, l’Ondam. Les versements relatifs aux indemnités journalières, plus particulièrement, puisqu’ils ont évolué de 4,5% durant la période janvier-octobre 2019. Un rythme qu’ils ont conservé sur douze mois, qui est d’ailleurs quasiment similaire entre 2013 et 2017 (+4,2%).

À noter que les deux éléments constituant l'assiette de calcul des indemnités journalières – la progression de l’Ondam et celle de la masse salariale (plafonnée à 1,8 SMIC) – sont estimés respectivement à 2,1% et à 2,2% par an durant cet intervalle de temps. Au Premier ministre Édouard Philippe de soulever :

« En trois ans, le nombre de journées indemnisées est passé de 11 à 12 par an et par salarié du privé. C’est comme si notre pays avait instauré un jour de congé supplémentaire! »

Aussi, a-t-il entrepris d’y mettre la bride l’été dernier. Un projet qu’il a mis en route dès le mois de septembre par le biais de trois experts envoyés en mission de reconnaissance. À l’issue de celle-ci, un rapport a été remis à Matignon avec plusieurs propositions à l’appui. Pour la Cour des comptes, l’instauration d’un jour de carence d’ordre public est de rigueur. Ceci s’adresserait à tous les salariés, hormis ceux qui sont en arrêt pour cause de maternité, de maladie ou accident professionnel.

Mais l’exécutif semble être plus favorable à la manière douce, car cette solution a été réfutée, étant plus profitable aux entreprises qu’aux finances publiques. À Agnès Buzyn d’ajouter :

« Contre l'augmentation du coût des arrêts de travail, il n'y a pas de recette miracle consensuelle. Plus on partira tard, plus les indemnités vont augmenter. Mieux vaut faire de la prévention pour vieillir en bonne santé : arrêt du tabac, limitation de l'alcool… »