La pénurie de médicaments s’est nettement intensifiée dans l’Hexagone que la situation est même devenue menaçante pour la santé, voire la vie des patients. Près du quart de la population y a été confronté. Mettre en place des solutions d’urgence est alors de mise. C’est dans cette vision que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a réuni un comité de pilotage, mettant dans le collimateur les laboratoires.

Le 23 septembre dernier s’est déroulé le comité de pilotage dirigé par Agnès Buzyn, et réunissant des hauts placés dans l’industrie pharmaceutique, des professionnels de santé ainsi que des dirigeants d’associations exerçant dans le domaine.

Le but étant de trouver des solutions permettant de remédier aux ruptures de stock de médicaments qui sévissent notablement la France. Et plus particulièrement ces dix dernières années où elles ont été multipliées par vingt, du moins à en croire les données de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Deux questions ont été notamment soulevées durant la séance, portant sur les raisons de la pénurie. Et il semblerait que les modes de production, de distribution et de stockage pourraient être à l’origine de celle-ci.


Un accroissement plus qu’alarmant

868, c’est le nombre des médicaments qui ont été en tension d’approvisionnement ou en rupture de stock, en France, l’année dernière. Un chiffre encore provisoire, d’après l’ANSM, mais qui se révèle sans précédent. Et l’accélération est d’autant plus flagrante puisque dix ans auparavant (en 2008), ils ne comptaient que 44, soit vingt fois moins.

2019 s’attend à davantage de difficultés, avec une prévision d’épuisement de plus de 1 200 produits. À préciser que ces données ne représentent pas l’ensemble des traitements vendus dans les officines, mais recensent ceux qui sont catégorisés MITM (médicaments d'intérêt thérapeutique majeur). S’agissant de remèdes qui ne possèdent aucune médication alternative.

Et encore faut-il effectuer un devis mutuelle pour dénicher les meilleures offres de prise en charge. Pour l’organisme :

« Ce sont des médicaments susceptibles de mettre en jeu le pronostic vital des patients à court ou moyen terme ».

Par ailleurs, trois classes sont plus particulièrement concernées par la pénurie :

  • Les anti-infectieux, notamment les vaccins, les antiviraux et les antibactériens ; 
  • Les traitements dédiés au système nerveux, entre autres les antiparkinsoniens ; 
  • Les remèdes contre le cancer.

Sources de problème et solutions

Trois raisons ont été invoquées comme étant principalement à l’origine du contexte actuel. La première serait l’explosion de la demande mondiale que l’offre n’arrive pas à combler. La seconde concerne la distribution. Il se trouve, en effet, que les sociétés productrices préfèrent se tourner vers les pays plus offrants. À titre d’indication, les tarifs appliqués dans l’Hexagone sont estimés deux à trois fois moins bénéfiques que chez ses voisins européens.


La troisième s’agit de la délocalisation massive de la production des substances pharmaceutiques actives, c’est-à-dire les matières premières requises pour la fabrication des produits. La situation est, d’ailleurs, écrite noir sur blanc dans un communiqué du Sénat :

« Près de 40 % des médicaments finis commercialisés dans l’Union européenne ont été fabriqués dans un pays tiers et 80 % des fabricants de substances actives des médicaments sont installés hors du territoire ».

À ce propos, plus de 35% de la production, à l’échelle internationale, revient aux États-Unis et à l’Asie, principalement à l’Inde et à la Chine. Ainsi, l’impact est d’une grande envergure au moindre dysfonctionnement dans une usine.

Un comité de pilotage s’est déroulé le 23 septembre dernier afin de changer la donne. Dirigé par Agnès Buzyn, ceci devrait se solder par la mise en place de solutions d’urgences, efficaces et pérennes. Comme l’a fait valoir Gérard Raymond, se trouvant à la tête de France Assos Santé :

« On veut que ce virage soit véritablement pris pour éviter le cul-de-sac ».

Ce dernier se dit être satisfait de la décision de la ministre de la Santé concernant l’obligation des laboratoires d’une constitution de stocks, sous peine de se voir sanctionner d’amendes. Quoique selon lui, une meilleure transparence implique une déclaration publique des sanctions à appliquer.