L’arrêt maladie est le comble pour les travailleurs indépendants, car si les salariés perçoivent un revenu assuré pendant ce laps de temps, ce n’est pas toujours le cas pour les premiers. Une situation que Deliveroo entend corriger en proposant à ses livreurs français d’être couverts à hauteur de 30 euros par jour pendant 15 jours d’absence au maximum.

Redorer son blason, c’est ce que Deliveroo espère en annonçant en mi-octobre son intention de proposer à ses partenaires en livraison une couverture en cas d'arrêt maladie. À savoir, cette couverture maladie complémentaire vise à répondre aux attentes des livreurs indépendants qui, pas plus tard que l’été dernier, ont pointé du doigt la nouvelle grille tarifaire qui leur a été imposée. Et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce type d’incident se produit, si l’on se remémore celui de 2017.

Dans la même foulée, la plateforme britannique veut anticiper l’évolution de la réglementation française portant notamment sur l’établissement de chartes sur lesquels seront précisés les contours de sa responsabilité sociale. Toujours est-il que l’initiative ne provoque pas forcément les réactions attendues.


Une implication évidente dans les cas de ses partenaires

À l’ère actuelle où le numérique prend de plus en plus de place dans le monde professionnel, de nombreuses actions tendent de rétablir l’importance de l’humain. C’est d’ailleurs dans cette vision que différentes lois ont été promulguées afin de revaloriser et de protéger les travailleurs, notamment les indépendants qui sont par exemple moins favorisés en matière de couverture sociale, à moins de disposer de complémentaires santé.

Ainsi, a vu le jour le dispositif El Khomri qui impose aux plateformes de prendre en charge l’assurance de leurs collaborateurs en cas d’accidents de travail. La condition était que les concernés atteignent un chiffre d’affaires annuel de 5 100 euros au minimum. De son côté, le projet de loi LOM (loi d’orientation des mobilités) propose à ces employeurs de mettre en place des actions optimisant leur responsabilité sociale.

Deliveroo se veut être impliqué dans ces différentes réformes. Aussi a-t-il lancé il y a deux ans une couverture santé complémentaire et prévoyance en faveur de ses livreurs, en cas d’incidents professionnels. Une initiative à laquelle s’est joint Uber quelques mois après.

Mais ce n’est pas tout. En vue d’anticiper les nouvelles réglementations qu’apportera la loi LOM, l’entreprise britannique de livraison de plats cuisinés a déclaré, lors du Day One Event à Monaco le 16 octobre dernier, vouloir proposer à ses partenaires-livreurs une assurance complémentaire en cas d’arrêt de travail pour cause maladie.


En collaborant avec la Startup bruxelloise Qover, la plateforme sera, dès novembre prochain, à même de verser quotidiennement 30 euros en faveur de ces travailleurs du bitume. Et ce, jusqu’à 15 jours d’absence.

Des solutions qui ne reçoivent pas l’unanimité

Le lancement de cette nouvelle protection sociale par Deliveroo vise à rendre son activité plus attractive. Et il faut dire qu’il n’est pas le seul concerné dans cette quête. En effet, plusieurs actions en justice sont aujourd’hui entamées afin de requalifier les contrats des travailleurs indépendants collaborant avec des plateformes similaires.

En ce qui concerne l’entreprise britannique, l’objectif est plus spécifique puisqu’il veut rétablir la confiance de ses partenaires. De fait, l’entreprise active dans l’Hexagone depuis quatre ans a essuyé l’été dernier des revendications concernant son changement de tarification. Selon les contestataires, cette décision va rabaisser leur rémunération de 30 à 50%. Il ne faut pas non plus le blocage de plusieurs restaurants par les livreurs, en 2017, pour le même objet.

Mais si Deliveroo tente de rattraper le coup, l’offre peine à convaincre les associations de travailleurs. Pour le cofondateur de Clap (un collectif de livreurs parisiens), Jérôme Pimot, par exemple, il s’agit seulement d’un effet d’annonce comme ce qui s’est passé avec le lancement de l’assurance accident. D’après lui :

« Ils proposent des assurances privées pleines d’astérisques et de petits caractères alors que nous revendiquons un statut de salariés autonomes, avec de vrais droits sociaux ».

François Hurel, président de l’Union des autoentrepreneurs, de son côté, ne cache pas ses inquiétudes :

« Les plateformes risquent de se précipiter pour offrir une protection sociale à ces travailleurs qui leur seront, de fait, inféodés alors même que l’intérêt du travail indépendant est de pouvoir multiplier les employeurs ».