Les assureurs et les mutuelles prévoient une augmentation de tarifs d’environ 3 % en 2020. Les chiffres annoncés devraient leur permettre d’éviter un rappel à l’ordre de la part de la ministre de la Santé. Toutefois, de nombreux acteurs du secteur estiment que la hausse pourrait bien dépasser ce taux et atteindre 5 % à 9 %.

Les Français pourront bénéficier d’un reste à charge zéro sur leurs lunettes, audioprothèses et prothèses dentaires grâce à la réforme 100 % santé. Les mutuelles, de leur côté, devront ainsi augmenter le montant des remboursements. Cependant, le ministère de la Santé leur interdit d’appliquer des hausses tarifaires en invoquant ce motif.

Dans ce contexte, la majorité des acteurs annoncent une augmentation normale des prix pour 2020. Certains professionnels, en revanche, prévoient une hausse de près de 5 %, voire plus. Autrement dit, les projections réalisées dans le milieu se révèlent aussi divergentes que les réactions de chacun par rapport à la réforme.


Une tendance alignée sur la hausse des dépenses de santé

En général, les cotisations des mutuelles augmentent d’environ 3 % par an. Ce taux correspond à l’évolution naturelle du coût global des dépenses de santé en France. Selon les principaux concernés, cette tendance habituelle devrait se poursuivre l’année prochaine, indépendamment de l’application de la réforme 100 % santé.

Comme l’explique le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet :

« Pour 2020, la position de la Mutualité Française est claire : si les professionnels de santé jouent le jeu, il ne devrait pas y avoir d’effet amplificateur sur les tarifs ».

Autrement dit, le reste à charge zéro ne devrait avoir aucun impact sur la hausse des prix dans le secteur. La Mutualité Française partage ainsi le point de vue de différents acteurs du secteur tels que le PDG du groupe Henner, Charles Robinet-Duffo, ou le directeur général de Swiss Life Prévoyance et Santé, Pierre François.

En marge de ces discours consensuels, certains professionnels estiment que la tarification appliquée sur le marché sera inévitablement affectée par l’entrée en vigueur de ces nouvelles mesures. D’après le président d’une mutuelle santé :

« La réforme du reste à charge a nécessairement un impact, puisque pour 2020, la moyenne des hausses est, à ce jour, de l’ordre de 5 %, là où elle était de 2,5 % à 3 % les années précédentes ».

D’autres prévoient même une hausse pouvant culminer à 8 %, voire 9 %. Dans tous les cas, les contrats d’assurance d’entrée de gamme seront les premiers touchés par cette augmentation. Ils devront relever les garanties afin de s’adapter aux couvertures exigées par la réforme. Le plus souvent, ce type de contrat est souscrit par les retraités et les ménages modestes.


Effets de la réforme sur la grille tarifaire

Avec un devis mutuelle, l’assuré pourra suivre l’évolution des tarifs dans le secteur en tenant compte de la mise en œuvre progressive de la réforme 100 % santé. Les différents changements prévus devraient être effectifs à l’horizon 2021. Toutefois, les contrats dits responsables (soit 96 % des contrats sur le marché) sont tenus de proposer les soins du panier « sans reste à charge » à partir du 1er janvier prochain.

Pour rappel, la réforme initiée par le ministère implique une baisse de tarifs des professionnels de santé ainsi qu’une augmentation des remboursements au niveau de l’Assurance maladie et des complémentaires santé. Les Français pourront ainsi bénéficier de zéro reste à charge sur les trois postes de dépenses affectant le plus le budget des ménages.

Face à cette réforme, les assureurs et les mutuelles se retrouvent dans une position délicate. En effet, ils doivent rembourser plus, sans pouvoir augmenter leur tarif. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est d’ailleurs particulièrement stricte à ce sujet. Une éventuelle hausse étant incompatible avec les initiatives du régime actuel visant à préserver le pouvoir d’achat des consommateurs.

Une mutuelle santé de la fonction publique a déjà nourri la polémique en invoquant la réforme pour augmenter ses tarifs en 2019. Pourtant, les nouvelles mesures n’avaient encore eu aucun effet sur le marché. L’an prochain, en revanche, la réforme commencera à avoir une incidence sur l’activité des professionnels du secteur.

En effet, à compter de 2020, les mutuelles et les assureurs devront proposer des lunettes, des bridges et des couronnes dentaires avec zéro reste à charge. Il faudra attendre 2021 pour les dentiers et les prothèses auditives. Les débats sur les tarifs reprendront à ce moment-là.