Le modèle de fonctionnement des ARS était sujet à débat depuis plusieurs années. Elles ont été d’autant plus fustigées par l’opinion publique lorsque leur directeur général a annoncé vouloir supprimer des centaines de postes dans les hôpitaux lorrains d’ici quelques années. Une décision on ne peut plus malvenue dans un contexte où les professionnels étaient en première ligne face au covid-19.

Les Agences Régionales de Santé, dites ARS, vont bientôt souffler leur dixième bougie. Elles ont succédé aux DRASS (Directions Régionales des Affaires Sanitaires et Sociales) et aux ARH (Agences Régionales de l'Hospitalisation). À l'époque, ces dernières ne comptaient qu'une trentaine d'employés, puis lorsque les ARS ont pris la relève, elles ont décuplé les effectifs.

Le véritable rôle de cette organisation n'est pas très clair, mais elle semble être l'exécutrice des décisions sanitaires prises en amont à Paris. Leurs missions consistent généralement à coordonner la médecine de ville, les acteurs médico-sociaux, la mutuelle santé, les hôpitaux ainsi que les établissements publics et privés.


Un modèle quelque peu antidémocratique

Au mois de janvier 2016, l'ARS a fusionné avec ses voisines de Champagne-Ardenne et d'Alsace pour former l'ARS Grand Est, portant le nombre du personnel à 800. Dès lors, sa masse salariale s'élevait à plus de 55 millions d'euros au cours de l'année 2019, pour des frais de fonctionnement avoisinant les 6,3 millions d'euros.

Le nouveau modèle structurel de l'époque était déjà contesté, il était vu comme antidémocratique et avec un manque de transparence flagrant. En effet, le directeur général n'avait de compte à rendre à aucune institution ou organisme hormis le ministre de la Santé, en plus de percevoir un salaire d'environ 16 000 euros bruts.

Les professionnels de la santé locaux dénonçaient également leurs prises de décisions unilatérales, sans concertation ni consultation avec les acteurs sanitaires censés être concernés.

Dernièrement, les ARS étaient sous le feu des critiques à cause des déclarations polémiques de son directeur général en pleine période de confinement. Ces propos, relatifs à un projet immobilier, avaient été mal digérés par l'ensemble du corps médical et les élus locaux.

Libérer des postes dans le cadre d'un investissement immobilier

À titre d'information, le comité interministériel envisageait de rénover le Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Nancy. Et des informations circulaient sur le fait qu'une enveloppe de 515 millions d'euros pourrait être octroyée pour la réalisation de ce projet. L'objectif de ce projet immobilier étant de réunir tous les services à Brabois. Cependant, cette initiative aurait eu pour conséquence de libérer 600 postes et supprimer 174 lits de l'établissement de santé d'ici 2025, puis de 1 000 emplois à l'horizon 2033.


Ainsi, en pleine période de confinement, le directeur général des ARS avait confirmé ce projet, malgré les inévitables enchainements susmentionnés, sur le long terme. Qui plus est, ces déclarations intervenaient à un moment où des vagues de patients infectés par le covid-19 déferlaient dans les hôpitaux lorrains, mettant à genou le personnel de santé. Ces propos avaient alors indigné l'opinion publique et ont entrainé le licenciement du directeur général. Un autre exemple dirait-on du « manque d'empathie » des Agences Régionales de Santé à l'égard des professionnels du secteur en ces temps où ils sont en première pour protéger les Français.

Cependant, il est à faire remarquer que les décisions prises par le successeur des DRASS sont des décrets émis par le pouvoir central siégeant à Paris. En outre, les ARS ne sont que des boucs émissaires, des fusibles destinés à sauter lorsque l'opinion publique exprime sa colère et sa désapprobation.

De ce constat, les professionnels du secteur estiment qu'une réforme de cette institution est primordiale afin de mieux appréhender la situation en cas de crises.