En France, les dépenses liées aux soins de santé sont remboursées en partie ou en intégralité par l’Assurance maladie. À préciser toutefois qu’il faut être suivi par un médecin traitant pour pouvoir espérer une meilleure prise charge. Ce qui n’est pas à la portée de tout le monde puisque que bon nombre de généralistes refusent aujourd’hui de s’occuper de nouveaux patients.

L'accès aux soins pour tous, c'est-à-dire partout sur le territoire, est plus que jamais véhiculé en ce moment. Et la France n'en fait pas exception. Pourtant, il faut reconnaître que les déserts médicaux planent sur le pays depuis quelque temps.

C'est même une réalité pour huit millions de Français qui ont des difficultés, voire qui n'arrive pas du tout, à trouver un médecin traitant. Or, c'est la seule voie pour jouir entièrement de la couverture de la Sécurité sociale.

Force est d'ailleurs de constater que le phénomène ne concerne pas seulement les zones rurales reculées. De quoi faire réagir les défenseurs de droits des consommateurs, notamment l'UFC-Que Choisir, qui réclame que des mesures doivent être prises pour remédier à cette situation.


Une réforme a priori prometteuse

Le système de soins des Français a pris un virage crucial il y a 15 ans suite à un accord conclu, le 15 décembre 2004, par l'Assurance maladie et les professionnels de santé instaurant le « médecin traitant » dans le parcours de soins des patients. Ainsi, depuis le 1er janvier 2005, les assurés sociaux sont tenus de déclarer auprès de la Sécu le nom du généraliste qui s'occupera de leur suivi médical et qui, en cas de besoin, les orientera vers un confrère spécialiste.

Le fait de se présenter chez ce dernier sans recommandation de son médecin traitant est même passible de sanctions depuis 2006. Concrètement, le remboursement sera amoindri de 10% (60% du tarif de base est alors pris en charge au lieu de 70%). Certes, les mutuelles prennent alors le relai, mais leur participation n'est pas forcément complète avant que la réforme « 100% Santé » ne soit effective d'ici 2021.

La réforme vise à mieux soigner tout en réalisant des économies puisqu'il va sans dire qu'une meilleure coordination des soins permet d'éviter les examens inutiles et redondants qui coûtent après aux finances publiques. Actuellement, elle est toutefois confrontée à la forte baisse du nombre des professionnels en activité si bien que les résultats semblent quelque peu contradictoires. D'ailleurs, un assuré sur dix n'a pas toujours pas déclaré son médecin traitant à ce jour.


La population urbaine est tout aussi concernée que les ruraux

Voulant apporter quelques éclaircies à la situation des Français qui sont de plus en plus nombreux à faire face aux déserts médicaux, l'association UFC-Que Choisir a mobilisé plusieurs bénévoles pour mener une enquête dans 78 départements de métropole et d'outre-mer. Il a été révélé que trouver un praticien qui accepte de suivi un nouveau dossier n'est pas chose aisée.

Parmi les 2 770 généralistes interrogés, 44% ont refusé le rôle. Une proportion qui est même alarmante dans certains départements, notamment la Sarthe, l'Ardèche et la Seine-et-Marne qui ont enregistré respectivement 92%, 88% et 86% de refus. Il s'agit de villes à forte densité (de 10 000 à 100 000 habitants), la preuve que le problème de déserts médicaux ne se rencontre pas qu'en milieu rural. Une situation que l'association des consommateurs tente d'expliquer :

« La présence de confrères, bien qu'en nombre insuffisant pour répondre aux besoins de la population, semble déculpabiliser les praticiens, qui refusent plus largement de nouveaux patients. »

De fait, 71% des praticiens disent gérer déjà trop de clientèle tandis que 14% sont sur point de partir à la retraite. Quelques mesures sont, de ce fait, à envisager. Et c'est ce que préconise UFC-Que Choisir en :

  • Invitant les patients à avertir le service de médiation de l'Assurance maladie en difficulté
  • Demandant l'abrogation des pénalités pour les assurés ne disposant pas de médecin traitant ;
  • Boostant la loi stipulant l'instauration d'un conventionnement territorial favorisant l'installation de professionnels dans les zones dépourvues de personnel de santé.