La relation entre patients et praticiens n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Certes, l’attachement des premiers envers leur médecin traitant, relevé dans divers sondages, démontre tout le contraire. Pourtant, bon nombre de ces professionnels de santé se sentent malmenés suite à des vols perpétrés durant leurs consultations. Un acte dont les conséquences sur leurs activités pourraient être négatives.

Pour marquer ses 200 ans d'existence, l'Académie nationale de médecine a récemment missionné le cabinet d'études marketing et de sondages politiques OpinionWay afin de mener une enquête sur le regard que portent les Français sur leur médecin. Les résultats sont on ne peut plus clairs : les praticiens ont une place importante dans le cœur de leur clientèle. Un sentiment qui se caractérise principalement par une satisfaction globale en ce qui concerne la qualité des soins.

Cela ne les empêche pas d'être quelquefois victimes de chapardage en plein exercice de leurs fonctions. Objets personnels et outils de travail, tous y passent. C'est ainsi que près de 2 000 fausses ordonnances ont été recensées il y a deux ans. Ce qui augmenterait aussi bien les risques de fraude à l'assurance santé sociale que ceux liés à l'addiction.


Un attachement quelque peu insolite

Les Français aiment leurs médecins, il n'y a pas à redire. Le dernier sondage OpinionWay en ce sens le prouve assez : 92% des patients font montre de satisfaction envers leur généraliste ainsi qu'à l'égard des spécialistes auxquels ils ont eu recours durant leur parcours de soins. Et 2020 est loin d'être une année exceptionnelle puisque tous les ans, les résultats ont tendance à se ressembler, qu'il s'agisse d'une simple enquête ou d'un baromètre exclusif.

Les sentiments qu'éprouvent les Français envers le personnel soignant semblent même s'améliorer en comparaison avec les années précédentes. Ne serait-ce que de décortiquer le sondage OpinionWay du 4 juin 2019 pour le compte de Deloitte. En effet, 83% des 2 003 personnes interrogées ont avoué être fières du système de santé du pays. D'ailleurs, ont fait l'objet de satisfaction :

  •  La qualité des soins (81%) ; 
  •  La sécurité de ces derniers (80%) ; 
  •  La pédagogie des professionnels médicaux (75%).

Une « affection » qui ne joint pas forcément l'acte. En effet, certains patients n'hésitent pas à emporter sciemment un objet appartenant à leur médecin au cours d'une consultation. Et ce, évidemment à leur insu. Un acte qui peut parfois les mettre mal à l'aise surtout si celui-ci est perpétré par quelqu'un de leur connaissance. Comme le décrit si bien le Conseil national de l'Ordre des médecins sur son site web :

Dans cette situation particulière, le médecin hésite parfois à dénoncer [NDLR : le voleur] aux autorités de police.

Porter plainte pourrait éviter certaines conséquences tragiques

Déposer une plainte est pourtant recommandé dans ce genre de situation étant donné que les conséquences du vol peuvent être graves. Pour le Conseil national de l'Ordre des médecins, son instruction est simple :

Si vous connaissez bien votre patient, faites-lui savoir que vous êtes informé du vol ou de la falsification et que vous n'hésiterez pas à saisir les autorités si cette situation se reproduit, ou bien déposez une main courante sans donner le nom de votre patient.

Il faut reconnaître que, dans la plupart des cas, les chapardeurs ne choisissent pas leurs butins. Outre les espèces et les chéquiers, voire la sacoche entière, des outils de travail peuvent être également subtilisés, entre autres :

  •  Les Smartphone et les ordinateurs pouvant contenir les données personnelles des patients ; 
  •  Les caducées et les tampons encreurs pouvant être utilisés en vue d'un usage de faux ; 
  •  Les ordonnances susceptibles d'être falsifiées.

À noter qu'en 2018, l'enquête du Ceip (Centre d'évaluation et d'information de la pharmacodépendance) intitulée « ordonnances suspectes indicatrices d'abus possible » ou Osiap a permis d'inventorier quelque 1 950 fausses ordonnances. Un chiffre qui n'est pas prêt de régresser.

Aussi, la société 161 a mis en place la plateforme « Alerte pro santé » (alerte-pro-sante.fr) afin que les praticiens victimes d'actes de malveillance puissent signaler promptement les pharmaciens. Le but étant, par exemple, de repérer les tentatives d'approvisionnement médicamenteux abusif. Bien que celles-ci soient facilement détectables (ordonnance mal rédigée, refus de procédures tel que la présentation de la carte vitale…).

De fait, au-delà des éventuelles fraudes sociales, les porteurs d'ordonnances falsifiées peuvent souffrir d'addiction à certains produits pharmaceutiques, tels que ceux à base de codéine. Ce qui peut provoquer des accidents létaux.