Les constructeurs risquent d’afficher des bilans négatifs cette année, notamment en raison du ralentissement global des marchés et du coût élevé de la conversion énergétique. Les spécialistes doutent que la légère progression de 3 % sur laquelle ils tablent en 2020 arrive à compenser le recul du marché automobile mondial survenu cette année.

Ces derniers mois, les résultats des constructeurs automobiles ont commencé à décliner. La situation ne s’améliorera pas de sitôt selon les experts. Elle pourrait même continuer à empirer. En effet, les marchés ont ralenti au moment où les industriels devaient gérer le basculement vers les voitures électriques, connectées et autonomes.

En 2018, les ventes ont baissé d’environ 2,6 % en Chine. Vu l’importance de ce marché, le recul dans la région a pesé sur les résultats de la majorité des acteurs du secteur. Les analystes de LMC Automotive prévoient encore une contraction de près de 5 % pour cette année, établissant ainsi le recul du marché mondial à 2 %.


Les constructeurs en mauvaise posture

Les constructeurs sont actuellement contraints de produire et de commercialiser des voitures moins polluantes, au risque d’être sanctionnés par des amendes particulièrement lourdes. Ainsi, cette initiative n’a pas été suscitée par la demande. Cette dernière reste donc une source d’inquiétude concernant la rentabilité de la conversion.

En effet, pour une hybride rechargeable, le surcoût atteint les 6 000 euros et augmente à 10 000 euros pour un modèle tout électrique. Selon l’analyste de Deutsche Bank, Gaëtan Toulemonde :

« Une bonne partie de la population n'a pas les moyens, les constructeurs devront en absorber eux-mêmes une part ».

De plus, les subventions ne permettent pas d’amortir le surcoût au niveau de la production. En somme, les constructeurs devront choisir entre les pertes liées à l’exploitation ou les pénalités.

Enfin, les tensions entre les États-Unis et la Chine ainsi que le Brexit risquent encore d’aggraver la situation de nombreux constructeurs. Par exemple, le Royaume-Uni importe 90 % environ de sa consommation et exporte 80 % de la production son industrie automobile.

En cas de « no deal », les constructeurs seront gravement touchés. Il en est de même pour le problème sino-américain qui risque d’alourdir les charges en matière de logistiques et de tarifs douaniers.


Des réglementations de plus en plus strictes

Pendant que Tesla s’aventure sur le marché l’assurance, les autres acteurs de l’industrie automobile font face à un besoin urgent de croissance, malgré toutes les contraintes rencontrées dans le milieu. En effet, le ralentissement des ventes en 2019 a déjà assez affecté leur bilan annuel.

Pourtant, en 2020, les constructeurs automobiles devront encore poursuivre leurs investissements massifs dans le processus de conversion vers l’électrique. La transition énergétique coûterait près de 145 milliards d'euros aux industriels, selon l’étude réalisée par le cabinet IHS pour l'ONG Transport & Environnement.

Par ailleurs, l’année prochaine, ils devront aussi s’adapter aux nouveaux objectifs environnementaux de l’Union européenne, à commencer par la réduction des émissions à 95g de CO2/km. Les réglementations en la matière deviendront encore plus contraignantes à l’avenir (-15 % de 2021 à 2025, puis - 37,5 % de 2025 à 2030).

Selon l’analyste de PwC, José Baghdad :

« Si l'Europe maintient son calendrier, les conséquences seront très importantes pour certains constructeurs ».

Actuellement, les émissions moyennes des véhicules sont assez éloignées de ces objectifs. L’année dernière, elles ont largement dépassé le seuil des 120 g/km. D’après les experts, ce taux risque même d’augmenter avec le recul du diesel et la hausse impressionnante des ventes dans le segment SUV.