La police française voit dernièrement son image écornée par de nombreux scandales, avec l’affaire du producteur Michel Zecler en point d’orgue. Ces débâcles seraient en partie liées à la santé mentale des agents, fragilisée par la pression hiérarchique, le désamour de la population et le manque d’encadrement et d’échanges entre collègues.

Sous le feu des critiques depuis l'affaire du producteur Michel Zecler, tabassé par quatre agents en France, la police tente tant bien que mal de défendre ses couleurs par la voix de ses syndicats et de ses dirigeants. Emmanuel Macron, lui, n'a pas mâché ses mots et qualifie les agissements des officiers parisiens d'images qui font honte au pays.

Sans tomber dans le jeu des critiques médiatiques, un psychologue s'est essayé à trouver une explication logique à ces actes. Et sa conclusion dresse un portrait peu reluisant des coulisses de la police française, un environnement qui affecte beaucoup leur santé mentale.


Plaidoyer pour la reconstruction de la santé mentale des policiers

En France, la question de la santé mentale des salariés du public et du privé semble taboue. Il suffit de consulter une offre standard de mutuelle fonctionnaire pour s'apercevoir du manque flagrant d'informations à ce sujet. À l'échelle des institutions gouvernementales, ce thème arrive très loin dans les priorités, ne figurant même pas dans la loi « Sécurité globale » ni dans le récent livre blanc sur les forces de sécurité intérieure. Un psychologue qui a longuement étudié ce dossier estime pourtant que ce problème mérite toute l'attention des décideurs politiques, surtout lorsqu'il s'agit de la santé mentale des officiers et des agents affectés à la protection de la population.

Cet expert estime qu'il est urgent de revoir la formation prodiguée dans toutes les entités policières et d'y associer des objectifs précis en matière d'organisation, de hiérarchisation et d'encadrement des forces de l'ordre. Ces formations devront mettre l'accent sur le développement de qualités pédagogiques, du sens de l'écoute sur terrain et de l'implication chez les officiers, le but étant de favoriser la socialisation et les échanges dans le cercle des agents de police. Du côté des policiers, on plaide surtout pour le renforcement des équipements de contrôle et de suivi – comme les caméras portables permettant de vérifier les actions et les paroles échangées sur le terrain.

Des agents de police désorganisés et toujours sous pression

Sans prendre les explications des agents de police comme la seule vérité vraie, le psychologue note plusieurs similitudes dans les réponses apportées par ses interlocuteurs. Beaucoup évoquaient notamment les traumatismes psychologiques subis dans l'exercice de leur métier, à la suite d'attentats, de meurtres ou d'attaques groupées qui ont laissé des séquelles physiques et mentales. Nombre d'entre eux ne peuvent pas exprimer librement leurs troubles, en raison de leur devoir de réserve et du voile du secret professionnel.


En interne, les supérieurs hiérarchiques ne sont pas toujours réceptifs à ces problèmes, à tel point que les policiers, isolés et délaissés, voient le suicide comme seule issue. Et les chiffres sont sans appel : 59 gardiens de la paix se sont donné la mort en 2019, soit 60 % de plus qu'en 2018. La profession souffre aussi en silence de l'indifférence et des relations de plus en plus délétères avec la population.

À cela s'ajoute le bouleversement de l'équilibre des relations entre le monde politique et la police. Ces pressions quasi-permanentes pèsent logiquement sur la faculté des agents à résister au stress, ce qui est un comble pour un métier sans cesse confronté à des situations tendues à la fois physiquement et émotionnellement.