Selon des chercheurs américains et britanniques, une mutation génétique s’est produite sur le coronavirus responsable de la pandémie actuelle. Les résultats de leurs travaux sont parus dans la revue The Cell. Ce phénomène permet notamment d’expliquer l’apparition d’une vague épidémique dans certaines régions du monde. En revanche, les scientifiques n’ont constaté aucun affaiblissement de sa virulence.

La reprise de l'épidémie de Covid-19 observée durant l'été inquiète de plus en plus les soignants et les acteurs en mutuelle santé. Ainsi, cette situation a de nouveau attiré l'attention sur la piste de la mutation du virus. Un tel phénomène permettrait notamment de comprendre l'accélération de la circulation de l'agent pathogène dans certains pays.

L'hypothèse a été étudiée par une équipe conjointe de l'université britannique de Sheffield et du laboratoire national américain de Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Les chercheurs ont effectivement découvert une mutation génétique, baptisée D614G, rendant le virus plus contagieux. Selon eux, cette variante était déjà présente en France dès la vague épidémique de mars dernier.


Une virulence à surveiller de près

D'après certains observateurs, la mutation du SARS-CoV-2 aurait rendu l'agent pathogène moins virulent. Cette idée se base uniquement de la baisse du taux de mortalité dans plusieurs pays, selon les experts. L'agence de presse Reuters a obtenu cette explication du Professeur Paul Tambyah, actuellement consultant senior à l'Université nationale de Singapour et président de la Société internationale des maladies infectieuses.

Toutefois, la communauté scientifique reste prudente concernant les effets de la mutation sur la virulence du SARS-CoV-2. Les virologues soulignent d'ailleurs les propos mesurés des chercheurs travaillant sur l'évolution de l'agent pathogène. Ce ton contraste nettement avec les affirmations catégoriques de certains médias.

Pour leur part, les chercheurs britanniques et américains n'ont observé aucun changement significatif de la sévérité des symptômes dû à la mutation. De plus, ils ne disposent d'aucune preuve permettant d'affirmer ou d'infirmer une éventuelle modification de l'agressivité du virus.

Autrement dit, les populations doivent rester vigilantes, car la mutation n'implique pas nécessairement une atténuation de la virulence du SARS-CoV-2. Les auteurs de l'étude soulignent également l'importance de mener davantage de recherches sur l'évolution des effets du virus sur l'organisme.

Une mutation modifiant la fixation du virus aux cellules

Dans le cadre de ses travaux, l'équipe anglo-américaine a analysé la base de données GISAID et les dossiers de 999 Britanniques porteurs du virus. Cette database centralisée renferme actuellement plus de 80 000 séquences génétiques du SARS-CoV-2.


À l'issue de leur étude, les chercheurs ont constaté une mutation qui a modifié la structure de la protéine Spike. Cette dernière participe notamment à la fixation du virus aux cellules d'un hôte humain. L'acide aminé D614 a été remplacé par l'acide aminé G614 lors du processus.

Les scientifiques estiment que la version mutante du virus tend à mieux contaminer les cellules humaines et à se répandre plus rapidement chez les personnes infectées. Ils ont en effet observé une augmentation significative de la charge virale chez les patients contaminés par la variante du SARS-CoV-2.

Ainsi, ils ont conclu que le phénomène de mutation a rendu le virus plus contagieux. Toutefois, cette hypothèse a encore besoin d'être corroborée par d'autres travaux, selon les auteurs de l'étude. En tout cas, elle pourrait permettre d'expliquer la vitesse de propagation du Covid-19 dans certaines régions de la planète, comme la France ou l'Italie.