La rougeole est couramment connue comme étant une maladie potentiellement mortelle et très contagieuse. Selon deux travaux publiés fin octobre dernier, le virus à l’origine de cette pathologie s'attaque aussi aux systèmes de défense de l’organisme. II entraîne ainsi une immunodépression temporaire ou chronique. De ce fait, le malade devient plus vulnérable à tout autre type d'infection.

À en croire des études publiées récemment, la communauté scientifique a longtemps eu tendance à sous-estimer le niveau de dangerosité de la rougeole et l’impact de cette pathologie sur l’organisme. En effet, d’autres conséquences de cette maladie viennent d’être révélées par deux équipes de recherche en virologie et en génétique de l'Université d'Harvard (États-Unis) et de l'institut Erasmus (Pays-Bas).

Selon ces chercheurs, l’agent pathogène responsable de la rougeole affecte le système immunitaire comme le virus du sida en supprimant les anticorps. Les malades, constitués essentiellement d’enfants de moins de 5 ans, se retrouvent ainsi sans défense immunitaire et ne peuvent plus se protéger d’autres infections.


Jusqu’à 40 % de pertes sur l’ensemble des défenses immunitaires

Dirigée par les docteurs Michael Mina et Stephen Elledge, l’équipe américaine a notamment découvert que les jeunes patients affectés par la rougeole ont perdu 11 à 73 % de leurs anticorps en fonction des agents pathogènes considérés.

Ils présentent également une perte d’environ 30 % de la totalité de leur système de défense immunitaire. Cette immunosuppression peut même atteindre 40 % dans les cas les plus graves. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue américaine Science le 31 octobre dernier.

De son côté, l’équipe néerlandaise a constaté que la rougeole était souvent associée à un taux important de morbidité et de mortalité, même plusieurs années après l’apparition de la maladie. Parue également le 31 octobre 2019, dans le journal Science Immunology, cette étude a été menée par la virologue Velislava Petrova de l'institut Erasmus (Pays-Bas) et des chercheurs du Wellcome Trust Sanger Institute (Royaume-Uni).

Comme le soulignent la virologue et ses collègues :

« La puissante activation du système immunitaire par la rougeole engendre une immunité pour toute la vie à l’égard de cette maladie, mais, en même temps, une profonde immunosuppression ».

La durée de cette immunodépression varie généralement de 5 à 6 mois. Toutefois, cette condition de santé peut persister durant plusieurs années dans certains cas.


En révélant ces conséquences sur l’ensemble du système immunitaire, ces deux travaux démontrent que les risques liés à la rougeole dépassent de loin le cadre de la simple infection. Ils permettent ainsi d’insister sur le caractère incontournable de la vaccination.

À l’échelle mondiale, 85 % des enfants ont été vaccinés contre la rougeole avant l'âge d'un an en 2017, selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Ce chiffre reste toutefois insuffisant compte tenu des 100 000 décès provoqués par ce virus au cours de la même année.

Des effets graves sur l’organisme

Un devis mutuelle inclut généralement différents types de vaccin comme celui contre la rougeole. D’après les spécialistes dans le domaine, la vaccination permet de protéger les enfants de la maladie virale elle-même, mais également des autres infections entraînées par la rougeole sur le long terme.

Le docteur Michael Mina, du Brigham and Women’s Hospital Havard Medical School (Boston, États-Unis), note :

« Des études épidémiologiques ont montré l’association entre la rougeole et une morbidité et une mortalité accrues des années après l’infection, mais les raisons en sont mal connues. Le virus de la rougeole infecte les cellules immunitaires et provoque une immunosuppression aiguë ».

Autrement dit, pour leurs études, les chercheurs américains sont partis du même constat que l’équipe dirigée par la virologue Velislava Petrova.


Au cours de leurs travaux, les scientifiques de l'institut Erasmus et du Wellcome Trust Sanger Institute ont analysé des échantillons sanguins prélevés aux Pays-Bas en 2013, sur 77 enfants non vaccinés. Ces derniers fréquentaient trois écoles affichant un taux de vaccination de moins de 20 %.

Deux mois après les prélèvements, 26 enfants parmi le panel ont été atteints par la rougeole. Les chercheurs ont ensuite effectué de nouveaux prélèvements pour observer les différences entre les systèmes immunitaires des sujets contaminés et des enfants épargnés par la maladie.

Selon cette étude, la rougeole a attaqué deux types de cellules : les lymphocytes B naïfs (cellules qui n’ont pas encore été en contact avec un agent pathogène spécifique) et les lymphocytes B à mémoire (pouvant reconnaître un virus qu’ils ont déjà combattu).

D’après les chercheurs :

« L’infection par le virus de la rougeole est responsable de modifications de la diversité des lymphocytes B naïfs et à mémoire, qui persistent après la disparition de la maladie, et contribue à compromettre l’immunité vis-à-vis des infections ou vaccinations antérieures ».