Le Sénégal travaille sur l’inclusion du secteur informel dans ses dispositifs de couverture santé

Au Sénégal, les travailleurs informels n’ont pas intérêt à tomber malades, car les soins sont inabordables. Selon une étude, les coûts des médicaments représenteraient la majeure partie des dépenses de santé des ménages en 2011, réduisant de manière drastique le pouvoir d’achat dans 1,78 % des cas, contre 0,96 % seulement en 2005.

Bien que le Sénégal affiche une croissance de 6,5 % en 2015, la situation des informels ne s’est pas améliorée pour autant. Le pays a réussi à maintenir ce taux les deux années suivantes. Dans ce contexte, il devient urgent de stimuler la réflexion sur le déploiement de la couverture santé universelle initiée en 2013.


Un système excluant les informels

Pour l’instant, le système de santé sénégalais se base sur le paiement direct. De ce fait, une grande partie de la population se retrouve d’emblée exclue de l'accès aux soins. Les travailleurs informels se révèlent particulièrement affectés par cette situation.

L’économie du pays est essentiellement portée par l'agriculture. Toutefois, d’après le dernier sondage national sur le sujet, 48,8 % des actifs sénégalais travaillent actuellement dans le secteur informel. Selon une autre étude, le commerce est un des principaux viviers du secteur informel. Il représente 64 % du chiffre d'affaires pour 37 % de l’ensemble de la valeur ajoutée dans le domaine.

Les services proposés dans le commerce génèrent près de 72 % de la valeur ajoutée enregistrée pour le secteur informel. L’informel est également assez courant dans le secteur secondaire, notamment dans le BTP et les industries alimentaires. Ces derniers comptabilisent respectivement 34,6 % et 35,4 % en termes de valeur ajoutée.

Dans l’industrie alimentaire, les travailleurs informels se rencontrent surtout dans la fabrication de glace et le traitement des produits halieutiques. Pour le BTP en revanche, l'informel est présent à tous les niveaux du processus de construction, le rendant encore plus difficile à cerner.

En l’absence de recensement officiel, les travailleurs informels se retrouvent exclus des dispositifs de protection sociale existant au Sénégal. De ce fait, les couvertures maladies s’appliquent seulement aux salariés et aux personnes qui ont souscrit des contrats d’assurance privés.


La culture mutualiste sénégalaise provient du constat de cette lacune dans le système de protection des travailleurs. Les premiers organismes dans le secteur sont ainsi apparus à la fin des années 1980. Toutefois, il faudra attendre le début des années 2000 pour observer un renforcement des engagements en la matière.

Amélioration progressive des dispositifs solidaires

Fondée en 1988, la mutuelle de Fandène (dans la région de Thiès) est une pionnière dans l’amélioration des protections sociales des travailleurs informels au Sénégal. Elle s’impose comme une référence dans le domaine en raison de sa pérennité et de son taux de pénétration remarquable au sein des différentes communautés du pays.

Une étude datant de 2015 a notamment expliqué la résilience de cet organisme par :

« Les conditions de sa création, les caractéristiques de sa population cible, la réciprocité élargie, la gouvernance, la confiance et la conscience critique des membres ainsi que la qualité des soins ».

Toutefois, comme le souligne cette étude, il s’avère plus que difficile de déployer une couverture universelle en comptant uniquement sur des structures à adhésion volontaire et de petite taille comme celle de Fandène.

D’autre part, le Sénégal a instauré de nombreuses initiatives pour permettre aux indigents d’avoir accès aux soins de santé. La loi n° 62-29 portant sur les certificats d'indigence, par exemple, permet de prendre en charge les plus pauvres à travers une aide financière dédiée, une intervention de la Caisse de Sécurité sociale, les services sociaux des établissements hospitaliers, etc.


Ce type de dispositif est pourtant méconnu des personnes concernées et n’intervient ainsi que dans des proportions assez réduites, comme le souligne le sociologue Éric Baumann. Néanmoins, l’État s’est mis progressivement à soutenir et à promouvoir le modèle mutualiste initié à Fandène depuis la fin des années 1990.

Cette volonté politique est notamment perceptible dans les réflexions sur la CSU (Couverture santé universelle) lancée officiellement en 2013. Soutenu par l’USAID, le programme DECAM (Décentralisation de l'assurance maladie) s’inscrit également dans la continuité de ces initiatives, en favorisant le développement des mutuelles au niveau des collectivités territoriales.