L’urbanisation et le rythme effréné de la vie qui l’accompagne sont une source irréfutable de stress. Il n’est alors plus étonnant que le nombre d’individus exposés à un trouble psychique, du moins une fois dans leur vie, augmente incessamment. Une situation qui, en France, semble pourtant partir en vrille. Et ce n’est pas faute de disposer de nombreux spécialistes.

L’état psychologique de la population mondiale est un sujet fortement préoccupant à l’heure actuelle. Le fait est que le taux de personnes atteintes d’une pathologie psychique s’accroit, ne serait-ce que de considérer les 25% d’Européens diagnostiqués au moins une fois au cours de leur vie selon les statistiques de l’OMS. En France, plus particulièrement, ils ne sont pas moins de 10 000 personnes à se donner la mort.

Un bilan des plus alarmant, d’autant que les mesures préventives et de détection des signes avant-coureurs semblent être insuffisantes, tout comme le système de soins qui peine à gérer l’ampleur de problème. Pourtant, l’Hexagone est loin d’être le moins doté en termes de spécialistes dans le domaine.


La France a de nombreux atouts pour traiter chaque trouble

Le nombre de maladies mentales n’a cessé d’augmenter ces derniers temps, la faute notamment au stress provoqué par les rythmes de travail accélérés, par l’urbanisation ainsi qu’aux climats social et sécuritaire.

De simples troubles de l’humeur à la schizophrénie, en passant par les crises névrotiques, les pathologies liées à la consommation de drogue et la défectuosité du développement psychologique, les patients peuvent montrer des tendances suicidaires s’ils ne sont pas immédiatement pris en charge. Il se trouve d’ailleurs qu’en France, le nombre de décès par suicide est trois fois plus important que celui des morts par accident routier.

À noter pourtant que les traitements sont remboursables soit auprès de l’Assurance maladie, soit auprès des mutuelles. Et que le pays regorge de structures d’accueil (estimés à 552), dont :

  • Des établissements psychiatriques publics (44%) ;
  • Des enseignes privées commerciales (32%) ;
  • Des cliniques privées d’intérêt collectif (24%).

Quant au nombre de médecins traitants, 15 000 spécialistes au minimum exercent actuellement leur fonction sur l’ensemble du territoire. Ce qui positionne l’Hexagone au quatrième rang parmi les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) les mieux dotés en matière de psychologie, derrière la Suisse, la Finlande et la Norvège.


Une réorganisation du système et un meilleur financement sont de mises

Mais le problème ne vient pas d’un manque de personnel soignant à l’échelle nationale. Il découlerait plutôt d’une mauvaise répartition. En effet, les grandes villes sont mieux loties qu’ailleurs : près de 71 psychiatres sont, par exemple, au service de 100 000 Parisiens contre 6,9 pour 100 000 Ardennais. Et le déséquilibre est d’autant plus flagrant chez les pédopsychiatres alors que 15% des 10-20 ans, soit 1,5 million de ces jeunes, en réclament d’après les données du ministère de la Santé.

Force est d’ailleurs de constater que les centres médico-psychologiques sont hyper saturés en ville. Si bien que les prises de rendez-vous sont suivies d’une très longue attente avant les consultations. Encore faut-il y accéder étant donné que certains établissements refusent de prendre en charge les situations d’urgence et les nouveaux patients. Au niveau des hôpitaux, la patience peut même durer plus d’un trimestre.

Et la situation est loin de s’améliorer si l’on considère les restrictions du nombre de lits d’hôpital (-60%) en l’espace de quatre décennies (entre 1976 et 2016) surtout dans les enseignes publics. A contrario, les établissements privés véhiculent une politique d’hospitalisation plus longue alors que les pathologies traitées ne sont pas les mêmes. En effet, d’après l’Inspection générale de la santé, en 2017 :

« Le secteur privé lucratif ne prend pas en charge les mêmes malades que le public. Les troubles les plus graves sont traités par le secteur public. »

D’où la prise de relais des soins ambulatoires qui enregistrent aujourd’hui 80% des patients, à raison de 2,1 millions de malades traités, quoique l’offre ne suffise pas amplement à la demande en hausse tendancielle. Conscient aussi de ces failles, le ministère a lancé les PTSM (projets territoriaux de santé mentale) qui devraient contribuer à une meilleure prise en charge. Instaurés dans chaque département d’ici juillet 2020, ces plans ouvriront la voie à des financements publics qui assureront l’optimisation de la prévention et des recherches.