Le gouvernement a manifesté sa volonté de se débarrasser rapidement des passoires thermiques, ces habitations énergivores qui sont néfastes pour l’environnement et qui coûtent cher à leurs occupants. Cependant, la stratégie mise en œuvre pour atteindre cet objectif est loin de faire l’unanimité. Alors que les mesures annoncées ont été adoptées à l’Assemblée nationale, de nombreux professionnels de l’immobilier restent dubitatifs quant à la faisabilité du programme.

Une interdiction un peu trop sévère

L'intention est louable, mais la manière d'y parvenir pose question. Voilà l'état d'esprit dans lequel se trouve le président du réseau immobilier Laforêt, Yann Jehanno, lorsqu'il analyse les mesures gouvernementales visant à lutter contre les passoires thermiques.

M. Jehanno met surtout l'accent sur la décision d'interdire à la location les logements notés au-delà de « G » sur le Diagnostic de performance énergétique (DPE), et ce, dès 2023. 90 000 logements environ sont concernés.

Pour rappel, tous les bâtiments notés « G » seront aussi exclus du marché de la location à partir de 2025. Puis, en 2028, ce sera au tour des logements présentant la note « F » de passer à la trappe.

Cela ne laisse pas assez de temps aux propriétaires pour entreprendre les travaux nécessaires, surtout dans un contexte marqué par la crise et la disparition des aides gouvernementales, explique Yann Jehanno.

Alors que ces délais imposés paraissent aujourd'hui insurmontables, les députés ont également émis la proposition d'exclure du parc locatif les bâtiments notés E. Même si, cette fois, la date butoir est fixée à l'horizon 2034, Jehanno émet de sérieux doutes quant à la faisabilité d'un tel projet.


Les propriétaires ne sont pas prêts à faire face à de telles charges

Pour que les bâtiments notés F et au-delà disparaissent du parc immobilier français d'ici 2034, les travaux doivent commencer dès maintenant. Selon les estimations, il faudrait observer un rythme effréné de 1 000 rénovations par jour pour être dans les temps.

Or, le coût des travaux est de plus en plus élevé et, entre les mensualités, l'assurance habitation et les frais de maintenance, entre autres, les propriétaires croulent déjà sous les charges. Sans parler de la crise sanitaire qui est venue rajouter une couche supplémentaire de difficulté.

Si les travaux de rénovation n'étaient pas achevés à temps et que les bâtiments concernés étaient effectivement exclus du parc locatif, des milliers voire des millions de Français se retrouveraient sans domicile et la crise du logement risquerait de s'amplifier.