En novembre 2018, trois immeubles se sont effondrés dans la rue d’Aubagne, mettant en exergue l’ampleur de la crise du mal-logement à Marseille. Depuis, plusieurs associations ne cessent d’interpeller les autorités locales par rapport à ce phénomène touchant pas moins de 100 000 personnes. Avec le confinement, le problème prend une tout autre dimension.

Les logements indignes se trouvent généralement en dehors du parc immobilier reconnu dans le secteur de l’assurance habitation. Il s’agit le plus souvent d’immeubles déclarés insalubres ou en péril.

De ce fait, la qualité de vie des locataires était déjà déplorable avant la pandémie de Covid-19. Avec le confinement, les occupants de ces bâtiments sont plus exposés aux problèmes de santé et de surpeuplement.

Les Français sont obligés de rester chez eux jusqu’à la fin de la période de quarantaine imposée par le gouvernement. De nombreuses familles vivent pourtant dans des logements exigus et humides. Si elles restent plus longtemps chez elles, l’humidité s’aggravera forcément, entraînant ainsi des problèmes respiratoires.

Des problèmes de préparation et d’organisation

Les associations telles que la Fondation Abbé Pierre dénoncent le manque de préparation de la municipalité marseillaise dans la gestion de la crise du Covid-19. Toutefois, les autorités locales se sont déjà montrées inefficaces dans la résolution du problème de mal-logement, bien avant l’épidémie.


Lors de l’instauration de la quarantaine dans l’Hexagone, 222 familles vivaient provisoirement dans des hôtels, car leur logement avait fait l’objet d’arrêtés de péril. Cependant, la ville n’a prévu aucune mesure d’accompagnement pour ces ménages durant cette période exceptionnelle.

Selon Emmanuel Patris, urbaniste et coprésident de l’association Un Centre-ville pour tous :

Au début du confinement, aucun dispositif n'avait été prévu pour leur permettre de se nourrir, alors que les restaurants avaient fermé et qu'il leur est impossible de se préparer des repas à l'hôtel. Certains n'ont pas mangé pendant plusieurs jours. Il a fallu faire intervenir Médecins du monde.

Durant le confinement, la ville a maintenu la distribution de chèques services et de titres de transport. Elle a également laissé ouvert l’espace d'accueil dédié aux populations évacuées. Des collectifs d’habitants et des associations épaulent également les autorités locales dans cette démarche. Cependant, les besoins sont trop nombreux. Ainsi, les dispositifs de soutien se retrouvent rapidement débordés.

Les collectifs et les associations dénoncent par ailleurs des dysfonctionnements notables au niveau de la mairie. Par exemple, cette dernière a récemment envoyé un courrier autorisant le retour dans leur immeuble de certaines familles logées dans des centres d’hébergement d’urgence. Pourtant, ces logements étaient encore inhabitables après les travaux.


Une population vivant dans la précarité

Depuis le début du confinement, les établissements de santé ont pris en charge les problèmes pulmonaires de nombreux occupants de logements indignes, selon Un Centre-ville pour tous. Cette catégorie de population se révèle ainsi plus vulnérable face au Covid-19 en raison de pathologies respiratoires préexistantes.

D’après le coprésident de l’association marseillaise, Emmanuel Patris, la détresse psychologique tend également à se répandre parmi les personnes mal-logées, notamment dans les quartiers situés au nord de la ville.

En effet, outre l’enfermement dans des conditions précaires, ces locataires souffrent de la perte de leurs sources de revenus à cause de l’épidémie. Il s’agit généralement de travailleurs en CDD, en intérim ou au noir.

Or, les indépendants et les autoentrepreneurs ont souvent de grandes difficultés à obtenir les aides de l’État. De nombreuses personnes se retrouvent ainsi en situation de précarité en pleine épidémie. Dans ce contexte, l’aide alimentaire s’avère vitale pour les plus démunis à Marseille.

Comme l’explique Florent Houdmon, directeur de la Fondation Abbé Pierre en PACA :

Les familles n'ont plus la possibilité de la cantine pour nourrir convenablement leurs enfants le midi. En outre, la prolongation de la trêve hivernale n'empêche pas la réclamation des loyers impayés : plusieurs personnes […] ont ainsi été menacées d'expulsion sauvage par des propriétaires marchands de sommeil.

Il ajoute qu’un fonds d’aide national est nécessaire pour soutenir ces locataires à la fin du confinement et de la trêve hivernale.