Les professionnels de santé sont actuellement en contact permanent avec les sujets infectés par le coronavirus. Cette situation peut-elle justifier leur expulsion du logement qu’ils occupent ? Le sujet est en cours de traitement au Tribunal de Montpellier. Le parquet a communiqué le 2 avril dernier l’ouverture d’une enquête préliminaire y afférente.

Face à la vague de contagions engendrée par l'épidémie de Covid-19, les établissements hospitaliers sont confrontés à une pénurie de moyens. Pour l'heure, les infirmiers ne peuvent réaliser autant de tests de diagnostic qu'ils le souhaitent ni accueillir tous les patients sévèrement atteints en soins intensifs. En même temps, les équipements de protection ne suffisent pas pour garantir la sécurité du personnel soignant.

Cette situation conduit à la psychose, à un point tel que certains voisins ou détenteurs d'assurance habitation propriétaire finissent par demander aux professionnels de santé locataires de déménager. Une infirmière qui réside dans l'Hérault avec sa famille a justement déposé une requête en justice pour cette raison.

D'une maison familiale à un studio de Montpellier

Une infirmière âgée de 37 ans témoigne avoir été obligée par son propriétaire à quitter son appartement avec sa famille. Exerçant au CHU de Montpellier en tant qu'anesthésiste, elle a vécu au rez-de-chaussée d'une demeure située à Montarnaud. Pour la pousser à partir de chez elle, le bailleur a usé de nombreux stratagèmes :

  • Nuisances sonores subies tôt dans la matinée.
  • Débranchement de l'antenne de télévision.
  • Coupure de l'électricité et de l'eau chaude.

Depuis l'expulsion à laquelle les forces de l'ordre ont assisté, la soignante élit temporairement domicile dans un studio de la même région. Ses deux enfants et son conjoint sont désormais hébergés par les parents de ce dernier. Quant à la mère de l'infirmière, elle est retournée dans la maison de retraite où elle résidait avant le confinement.

L'infirmière obtiendra-t-elle gain de cause ?

La présidente de France Victimes 34, Joséphine Cesbron, relate les coulisses du traitement de cette affaire :

Nous avons été saisis par le parquet pour évaluer la vulnérabilité de cette personne et de son entourage. Une juriste prend contact avec elle et nous pourrons proposer un suivi psychologique. C'est une situation nouvelle et dramatique.

Concernant les investigations qui ont été récemment ouvertes, il est question de vérifier dans quelles conditions la famille a été expulsée. C'est ce que précise dans un communiqué Fabrice Belargent, le procureur de Montpellier. De cette enquête ressortiront ou non des pénalités à l'encontre du propriétaire concerné. Il a agi de la sorte par peur d'être contaminé, selon la victime qui a été interrogée par La Gazette de Montpellier.