Aux États-Unis, le moratoire visant à empêcher l’augmentation des loyers et l’expulsion des locataires ne parvenant pas à régler les montants dus aux bailleurs s’est terminé fin juillet dernier. Des millions d’Américains risquent ainsi de se retrouver à la rue. Les conséquences de la pandémie de coronavirus commencent ainsi à apparaître sur le plan social.

Selon les experts, l'ensemble des éléments susceptibles d'aboutir à une explosion aussi bien sur le plan social qu'immobilier sont désormais réunis aux États-Unis. Au moins 17 millions de ménages (potentiellement détenteurs d'assurance habitation locataire risquent l'expulsion, comme l'indique le cabinet de conseil Stout Risius Ross. De son côté, le média CNBC avance que plus de 40 millions de personnes se sont retrouvées dans une situation périlleuse.

Pour le marché immobilier, les expulsions peuvent être désastreuses. En effet, les bailleurs risquent d'avoir du mal à refaire louer leur logement dans le contexte actuel. Par ailleurs, la valeur des biens est susceptible de chuter, ce qui débouchera certainement sur une crise financière.


Certaines populations sont plus exposées que d'autres

Avec les minorités, les populations les moins loties seront les premières victimes de la tragédie sociale qui se profile. L'ACLU (American Civil Liberties Union) estime que dans 17 États, les risques d'expulsion sont deux fois plus élevés pour les femmes noires qui louent un logement, comparativement aux locataires blancs.

Dennericka Brooks, une avocate en immobilier, a tenu à souligner l'ampleur de la situation. Lors d'une interview accordée à CBS News, elle confie :

Je ne pense pas que le terme tsunami puisse capturer de manière adéquate le nombre de cas que nous prévoyons. Les tribunaux vont être inondés à moins que les propriétaires ne fassent un effort de bonne foi pour essayer d'être patients, et aussi pour essayer de résoudre les litiges de loyers d'une manière qui n'implique pas le système judiciaire.

Des mesures qui doivent être prolongées ?

Le moratoire sur les augmentations de loyer et les expulsions de locataires a été instauré par le gouvernement fédéral en mars 2020 afin de prévenir une crise sociale. Il a notamment bénéficié aux occupants de logements payés grâce à un prêt garanti par l'État. Le Washington Post rapporte que ce dispositif a protégé environ 12 millions de ménages.

De leur côté, nombre d'États ont aussi déployé des mesures pour interdire ou suspendre les expulsions. Cependant, elles sont progressivement arrivées à leur terme. Dès lors, certains locataires se sont retrouvés avec des mois d'impayés. La fin des aides financières exceptionnelles attribuées en urgence n'arrange rien à la situation.

Les Américains percevant des allocations chômage ont notamment reçu 600 dollars par semaine jusqu'à fin juillet dernier. Les bénéficiaires totalisaient pas moins de 30 millions d'individus sans emploi. La prolongation de cette aide fait actuellement l'objet de discussions au Congrès. Toutefois, aucun accord n'a encore été trouvé.