Plus qu’une simple idée, l’habitat participatif désigne un mode de vie motivé par un état d’esprit foncièrement solidaire. 22 foyers ont expérimenté cette aventure dans le Nord, à Villeneuve-d’Ascq. Outre les espaces communs, ils partagent leurs matériels, leur savoir-faire et leur disponibilité avec les autres résidents. Ce concept permet de remédier à des fléaux typiquement modernes comme l’isolement et l’individualisme.

Il est important de revenir sur la notion d’habitat participatif. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un petit groupe de camarades qui souhaiteraient mettre en place un habitat partagé. Ici, le but est plutôt d’acquérir une propriété collective et de s’organiser pour faciliter la vie de tous les résidents au quotidien.

Bien qu’elle soit relativement méconnue, la formule s’inscrit dans un cadre légal et est clairement définie par la loi. De ce fait, chaque résident est tenu de respecter la réglementation en la matière. Néanmoins, les participants à ce type de projet se focalisent surtout sur l’aspect pratique et solidaire du concept.


L’organisation avant tout

Le cadre légal régissant l’habitat participatif a entre autres été précisé par la loi Alur (2014). Ces textes ont créé deux statuts pour cette pratique, à savoir la coopérative d’habitants ainsi que la société d’attribution et d’autopromotion. Dans ce dernier cas, chaque habitant possède des parts de l’habitation correspondant à son lot.

La coopérative d’habitants, en revanche, répond à la logique des propriétés collectives. Autrement dit, les résidents ont un double statut, celui de locataires et d’associés. Ils doivent donc verser une redevance locative mensuelle afin d’effectuer le remboursement de l’emprunt collectif.

À Villeneuve-d’Ascq, cette idée prend forme dans un bâtiment de trois étages accueillant 22 ménages. Un des créateurs du projet, Régis Verley, a initié ce nouveau type d’habitat avec une vingtaine de retraités en 2011.

Les résidents y partagent notamment une salle de 50 m², un studio aménagé pour les invités, une buanderie tout équipée, un jardin et un atelier avec des outils achetés par le groupe.

Les tensions ne sont pas à exclure dans un environnement rassemblant plusieurs ménages qui ne sont ni parents ni amis au départ. Néanmoins, la proximité finit par créer des liens forts entre les habitants.

Comme le note Jean-Pierre, participant au projet ToitMoiNous de Villeneuve-d’Ascq :

« On est 45 humains dans un bâtiment… Mais la force, c’est qu’il y a des outils pour nous aider à mieux communiquer ».

Une aventure humaine atypique

Avec l’habitat participatif, de nombreuses questions telles que l’assurance habitation ne concernent plus seulement une personne ou quelques résidents, mais l’ensemble du groupe. Cependant, les détails concernant la part de responsabilité de chacun dépendent essentiellement du statut liant les habitants entre eux.


Au-delà de l’aspect financier ou légal de la cohabitation, l’habitat participatif est avant tout une aventure humaine. Les voisins deviennent proches au fil du temps et se rendent mutuellement service. Dans ce contexte, chacun apporte sa contribution au quotidien pour aider les membres de la communauté.

Certains mettent un peu de leur temps à la disposition de leurs voisins pour faire les courses, garder les enfants ou les accompagner à l’école, etc. D’autres proposent leur savoir-faire en matière de bricolage, par exemple, pour les petits travaux de dépannage ou d’installation dans la propriété.

Dans un sens, l’habitat participatif favorise aussi les échanges intergénérationnels. Le projet ToitMoiNous, par exemple, rassemble dans le même bâtiment 11 familles, avec une quinzaine d’enfants, et 15 seniors, dont 7 vivent seuls. Ainsi, les membres du groupe se relaient pour accompagner la doyenne de 78 ans qui n’est plus apte à conduire.

Toutefois, comme le souligne le créateur du projet de Villeneuve-d’Ascq, ce concept ne vise pas à remplacer les maisons de retraite. En effet, dans un habitat participatif, tout le monde doit être autonome.