L’épidémie de coronavirus a sévèrement affecté le secteur de l’immobilier au Maroc. En effet, la grande majorité des chantiers ont dû fermer durant le confinement. Les activités des agences immobilières ont aussi connu un ralentissement significatif à cause des restrictions de déplacement. La visite est pourtant une étape incontournable avant de finaliser toute transaction.

Après le confinement, les professionnels de l’immobilier estiment qu’il sera urgent de modifier le cadre légal régissant le marché locatif marocain. Cette démarche est en effet indispensable pour rétablir la confiance entre tous les acteurs concernés. Le redémarrage du secteur requiert d’ailleurs une forte implication des bailleurs, des promoteurs et des banques.

De son côté, l’AMAI (Association marocaine des agents immobiliers) a longtemps milité pour l’introduction de l’assurance loyers impayés dans le pays. C’est ce que révèle son président fondateur, Mohamed Lahlou. Ce dispositif permet à la fois de protéger les propriétaires et les locataires. De plus, il comporte de nombreux avantages pour les assureurs et les caisses de l’État.

Un secteur qui subira forcément les retombées de la crise sanitaire

En général, les crédits sont assez peu sollicités par les Marocains qui ont les moyens d’acheter des biens immobiliers. Ils disposent en effet de fonds propres provenant le plus souvent de leur héritage. Par ailleurs, la terre est culturellement considérée comme une valeur refuge dans le pays. L’accès à la propriété est ainsi prioritaire pour les consommateurs. De ce fait, la location y est moins populaire qu’en Europe.


Dans ce contexte, la demande devrait rester relativement stable sur le marché immobilier, selon les spécialistes. En revanche, le rythme des transactions sera inévitablement affecté par la crise. La conjoncture est également susceptible d’avoir une incidence sur les prix. Néanmoins, les professionnels du secteur n’envisagent aucun effondrement imminent.

Il est toutefois important de relativiser ce raisonnement. En effet, la conservation foncière empêche d’avoir une bonne visibilité sur l’évolution des tarifs dans le pays. De plus, le référentiel de la banque centrale (Bank Al-Maghrib) fournit seulement le nombre de transactions et non leur valeur. Les analystes disposent ainsi de peu d’informations pour développer des projections pertinentes.

Des mesures s’imposent pour relancer la demande

Au Maroc, le marché de l’immobilier a longtemps été pénalisé par l’importance du stock de biens devant encore être écoulé. Cette spécificité du pays est d’emblée défavorable à la relance post-Covid-19, selon les professionnels du secteur. De plus, la demande risque de baisser sensiblement en raison du ralentissement de l’économie et de la hausse du chômage après la pandémie.

Face à cette situation, l’État doit proposer des mesures fiscales incitatives pour contribuer au redémarrage des activités sur le marché. Le président de l’AMAI recommande notamment une révision à la baisse du taux d’enregistrement (jusqu’à 50 %) ou des droits de conservation foncière.

De leur côté, les promoteurs ont tout intérêt à réduire leurs tarifs, de 10 % à 20 %, pour encourager les acheteurs. Ils pourront ainsi limiter le cumul de leurs charges opérationnelles et payer leurs crédits, ne serait-ce qu’en partie. En revanche, le maintien des prix actuels risque de les pénaliser en raison de l’écart grandissant entre l’offre et la demande.