Dans un rapport publié fin janvier, la Fondation Abbé Pierre a révélé que les personnes seules risquent davantage d’être mal logées en France. Cette précarité est notamment due à l’insuffisance de leurs revenus et à la cherté des petites surfaces, surtout en zones tendues. De plus, ce type de logement tend à devenir de plus en plus rare.

Le secteur immobilier traverse actuellement une période de crise affectant même les activités connexes telles que l’assurance locataire. En effet, pour de nombreux Français, se loger représente désormais un véritable défi à cause de la hausse des prix et de la raréfaction des appartements sur le marché. La situation est encore plus grave pour les individus qui vivent seuls.

22 % d’entre eux sont aujourd’hui victimes de mal-logement d’après les derniers chiffres de la Fondation Abbé Pierre. Les personnes seules représentent par ailleurs 65 % des Français « sans domicile fixe ». Ce terme englobe les sans-abri et les individus vivant dans des centres d’hébergement d’urgence ou des hôtels.

Une population extrêmement fragile

Le mal-logement est favorisé par le phénomène grandissant d’isolement social. Les personnes seules sont plus difficiles à repérer. De ce fait, les travailleurs sociaux ne sont pas en mesure de les aider. Par ailleurs, les individus isolés à abandonner plus vite la recherche de logement.


Comme le souligne le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, Manuel Domergue :

Elles sont de fait moins informées sur leurs droits et y ont moins recours. Ces personnes intériorisent aussi le fait que les familles sont prioritaires dans les demandes de logement. Et le fait d’être isolé engendre parfois de la défiance vis-à-vis des travailleurs sociaux.

Cependant, le problème des personnes seules qui recherchent un logement est avant tout d’ordre financier. Selon les données de l’Insee, leurs revenus se chiffraient à 21 600 euros par an en 2016, alors que la moyenne nationale était de 36 340 euros tous profils confondus. Par ailleurs, 20 % d’entre elles sont touchées par la pauvreté, contre 14 % de la population hexagonale.

Contrairement aux familles, les personnes seules n’ont pas les moyens d’économiser sur les dépenses courantes comme l’électricité, le chauffage, etc. En 2018, le taux d’effort lié au logement s’élevait à 26 % pour ce profil. D’après Eurostat, cet indice dépasse de 8 % la moyenne nationale pour les ménages.

De plus, les dépenses imprévues déséquilibrent facilement le budget de ces individus, si bien qu’ils risquent ne plus pouvoir régler leur loyer.

Un écosystème pénalisant les personnes seules

La précarité des personnes seules est également entretenue par la rareté des logements adaptés dans l’Hexagone. Selon Manuel Domergue, le parc immobilier français a surtout été pensé pour des couples avec deux enfants et disposant d’une source de revenus stables. Cependant, ce schéma est devenu obsolète avec la multiplication des ménages comptant un seul membre.


D’après l’Insee, 35 % des foyers sont désormais constitués de personnes seules. Cette proportion peut augmenter jusqu’à 50 % dans les grandes agglomérations. Pourtant, les logements à une ou deux pièces ne représentaient que 18,6 % du parc disponible en 2016. Autrement dit, seulement 50 % des demandes de ce type de consommateur peuvent être couvertes par le parc existant.

Selon le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, les personnes seules ont actuellement besoin de 7 millions d’offres supplémentaires sur le marché du logement. Il en est de même au niveau du parc social.

Les petits logements sont en effet très rares dans ce secteur comme le confirme le rapport de la fondation reconnue d’utilité publique. Ainsi, uniquement 19 % de l’ensemble des HLM sont destinés à cette catégorie de population chaque année.

D’autre part, les petites surfaces affichent généralement des loyers plus chers dans le parc de logements privés. En Ile-de-France par exemple, le loyer moyen des petits logements est 40 % plus élevé par rapport à celui d’un appartement cinq pièces.

Cette situation est accentuée par la rotation rapide de ce type de bien, car les bailleurs ont la possibilité d’augmenter le loyer plus souvent. Cette tendance est particulièrement handicapante pour les Franciliens, car cette région concentre un nombre important de personnes vivant seules.