Le Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées pointe du doigt la politique immobilière de Marseille. D’un côté, la ville multiplie les autorisations de constructions privées. De l’autre, la production de logements très sociaux est au plus bas, plaçant les ménages modestes dans une situation précaire. Une « crise humanitaire » est évoquée.

Progression de 2,4 % des constructions privées

En novembre 2018, trois immeubles se sont effondrés dans la rue d’Aubagne, au cœur de Marseille, faisant huit morts. Ce drame a été suivi de nombreux arrêtés de péril et de délogements par crainte d’une réplique, et ce malgré la protection d’une assurance habitation. Mais surtout, il a mis en lumière la situation catastrophique du centre de la cité phocéenne, avec ses immeubles trop vieux et insalubres.

Le Comité a rendu un rapport accablant concernant la stratégie adoptée par la municipalité dans ce domaine clé. Il relève notamment une augmentation de 2,4 % du volume de logements privés, souvent au détriment des espaces verts. L’Institut Montaigne confirme qu’

en 2018, la ville a délivré 5?241 autorisations de construction, contre 5?118 quatre ans plus tôt.

Rien que la fameuse villa Valmer, hôtel cinq étoiles jouissant d’une situation idéale face à la mer et entouré d’un immense parc, retire 4?000 mètres carrés de verdure aux Marseillais.


D’ailleurs, le collectif de défense du patrimoine naturel Laisse Béton dénonce la

Mise en danger d’une cinquantaine de parcs de la métropole

par cette bétonisation galopante, ainsi que la faible part du budget de la Municipalité (moins de 0,5 %) consacré à leur entretien.

L’Unep estime que

La surface verte par habitant n’est plus que de 7,4 mètres carrés au lieu de 12, comme le préconise la FAO.

Sans compter les arbres abattus sur les voies publiques au cours des deux dernières décennies.

Retard inquiétant sur le segment des logements sociaux

À l’inverse des promoteurs, le parc social est à la peine. Les chiffres montrent que sur la période 2014-2016, seuls 16 % de logements très sociaux sont sortis de terre, soit deux fois moins que le minimum imposé par la loi SRU.

Du côté des HLM, le bilan de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) indique que

Le nombre d’appartements agréés dans la Métropole Aix-Marseille-Provence n’a cessé de diminuer depuis 2017, passant de 4?097 unités à 3?140 en 2019.

Or, l’État a fixé un objectif ambitieux de 5?000 logements afin de combler le retard accumulé depuis des années.

Marie-Arlette Carlotti, la présidente du Comité, parle d’une véritable « crise humanitaire » et exige que des mesures soient prises pour

Faire sortir Marseille de la zone de non-droit.

Pour elle, la tragédie de la rue d’Aubagne est la conséquence d’une

Défaillance systémique des dispositifs et des acteurs publics.

Malgré l’urgence, l’institution gouvernementale déplore le manque d’action. À l’approche des municipales, les candidats déclarés ne semblent pas considérer le dossier logement comme une priorité.

De plus, le nouveau programme local de l’habitat métropolitain ne sera finalement voté qu’après les élections, alors qu’il était planifié pour le printemps 2019.