Conformément à la loi Elan, le gouvernement prépare actuellement une réglementation environnementale applicable au domaine de la construction. Cette nouvelle norme, baptisée RE 2020, est censée remplacer la RT 2012 cette année. Toutefois, selon les professionnels du bâtiment, ces futurs textes s’appuient sur des erreurs techniques et méthodologiques qui réduiront à néant tous les progrès réalisés jusqu’à présent.

La conformité du bâtiment à la réglementation en vigueur est un critère essentiel en assurance habitation. Si la RT 2012 est actuellement la référence dans l’univers de la construction, les acteurs du secteur devront s’adapter à la RE 2020, une fois les textes finalisés et ratifiés. Cette nouvelle norme suscite pourtant des débats en raison de ses contradictions avec l’ancienne.

Selon les experts, la RT 2012 a permis aux constructions neuves de consommer jusqu’à neuf fois moins d’énergie qu’un immeuble bâti dans les années 1970. Cette réglementation thermique a ainsi contribué à réduire significativement l’empreinte carbone des logements neufs.

La nouvelle réglementation comporte de multiples erreurs

Des spécialistes estiment que la RE 2020 ne prend en compte que la part autoconsommée de l’énergie produite par les panneaux photovoltaïques. Elle fait donc abstraction de la quantité d’énergie renouvelable revendue sur le réseau. Pourtant, ce système permet d’encourager la production d’électricité verte.


Comme le soulignent les thermiciens signataires de la pétition lancée par Enertech en novembre dernier :

La France n'atteint même pas les objectifs globaux de production photovoltaïque annuels qu'elle s'est assignés. Il faut donc appuyer sur l'accélérateur, pas sur le frein !

Les thermiciens critiquent également le mode de calcul utilisé pour établir le bilan carbone des constructions. Selon eux, il s’agit d’une erreur au profit de la filière béton armé.

Bien qu’elle ait beaucoup apporté en matière d’économies d’énergie, la RT 2012 comporte également des erreurs de calcul que la RE 2020 s’évertue à perpétuer. En effet, la réglementation thermique a toujours eu tendance à sous-estimer les consommations réelles liées au chauffage.

Or, les consommateurs ne se chauffent pas seulement à 19 °C, en baissant à 16 °C en journée. Il est aussi faux de croire qu’ils n’ouvrent pas leurs fenêtres de temps en temps pour aérer leur logement. D’autre part, les habitations ne sont pas systématiquement inoccupées en cours de semaine et durant les vacances de fin d’année. De même, les bâtiments non résidentiels ne sont pas forcément non chauffés les week-ends et autres jours non ouvrés.

Quoi qu’il en soit, la RT 2012 a contribué à stabiliser le niveau d’émissions de CO2 de l’ensemble des bâtiments résidentiels et tertiaires depuis 1990. Pourtant, le parc s’est élargi de plus de 40 % de 1986 à 2016.

Des contradictions problématiques pour les constructeurs

Dans l’ensemble, la RT 2012 tend à orienter la construction vers le gaz. La RE 2020, en revanche, privilégie clairement l’électricité. L’exécutif mise ainsi sur les pompes à chaleur, les radiateurs électriques, etc., pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050. Les chaudières thermiques sont en effet jugées comme plus polluantes.


Dans l’Hexagone, le bâtiment est actuellement troisième dans le classement des pollueurs, n’émettant que 19 % des gaz à effet de serre du pays. Le secteur a en effet accès à une électricité produite majoritairement sans énergies fossiles grâce :

  • au nucléaire (71 %) ;
  • aux centrales hydroélectriques (12,5 %) ;
  • aux éoliennes (5,1 %) ;
  • au parc photovoltaïque (1,9 %).

De ce fait, les thermiciens s’insurgent face à cette nouvelle initiative favorisant les radiateurs et autres systèmes de chauffage électrique. Selon eux, l’utilisation massive de ces dispositifs en hiver augmentera inévitablement la consommation à l’échelle nationale. La France sera alors obligée de recourir aux centrales thermiques et à leur électricité carbonée pour répondre à la demande.

Il s’agit d’ailleurs d’un des principaux éléments à l’origine de la pétition en ligne lancée par Enertech en novembre dernier. Depuis, l’expert en bâtiments basse consommation a récolté pas moins de 1 700 signatures de thermiciens et d’architectes préoccupés par les incohérences du projet RE 2020. Ils dénoncent également la suppression de l’indicateur de consommation énergétique totale d’un bâtiment dans les textes.

La future réglementation se focalise seulement sur cinq usages, à savoir :

  • le chauffage ;
  • la climatisation ;
  • l’éclairage ;
  • l’eau chaude;
  • les pompes et les ventilateurs éventuellement.

Elle ignore d’autres usages comme l’électroménager, la bureautique, etc. qui peuvent pourtant consommer près de deux tiers de l’énergie dans une construction neuve.