Les professionnels du tourisme disaient en 2020 que l’avant et l’après-Covid seraient deux mondes complètement différents. À l’approche d’un été annoncé comme très animé, les voyagistes constatent les premiers changements de comportements des vacanciers. Ces mutations profitent surtout aux agences de voyages, qui peuvent ainsi rattraper deux ans d’inactivité forcée.

Cette année, les premiers rayons du soleil au printemps ont été accompagnés par des nouvelles encourageantes venant des principales destinations touristiques. Des États-Unis aux Caraïbes, sans oublier les pays du pourtour méditerranéen, l'été prochain marque le retour à des conditions de voyage proches de la « normale », après deux ans de restrictions sanitaires, de pass vaccinal et de limitations des déplacements. La levée des barrières à l'entrée aiguise d'emblée l'appétit des vacanciers – très revanchards – et des agences de voyages. Ce phénomène de rattrapage fait le bonheur de tous les acteurs du tourisme, dont les revenus ont nettement progressé par rapport à la même période en 2019.


Hausse des réservations de dernière minute

Cet été, les vacanciers français vont faire peu de cas des démarches liées à l'assurance voyage, les visas et autres vérifications de santé. Selon le président des Entreprises du Voyage, les voyageurs se focalisent avant tout sur la destination, les loisirs, les activités – bref, toutes les occupations qui compenseront deux ans et demi de confinement.

Pourtant, malgré l'impatience palpable sur toutes les plateformes, les agences de voyages notent une généralisation des réservations tardives. La majorité des vacanciers confirment leur séjour moins de 15 jours avant le départ. Cette pratique crée parfois des tensions, en raison des problèmes de disponibilité sur la destination et de l'augmentation des coûts du billet d'avion.

L'IATA déplore aussi l'impact de cet attentisme sur la visibilité du transport aérien pour l'arrière-saison.

L'Association du transport aérien international affirme que 4 % des réservations domestiques enregistrées en mai concernent un déplacement au-delà de septembre et 8 % seulement portent sur des voyages à l'étranger. Cette faible proportion résulte en partie de l'inflation qui touche les billets d'avion, de la guerre en Ukraine et des incertitudes toujours présentes sur la situation sanitaire mondiale. Cet attentisme concerne toutes les destinations et tous les pays de départ, selon l'IATA.

Des voyageurs plus dépensiers et des vacances plus longues

En plus des réservations tardives, le président des Entreprises de voyage rapporte deux autres changements majeurs, dont on ne sait pas encore s'ils sont permanents ou éphémères. La première nouveauté consiste à allonger la durée des vacances domestiques et internationales. Cet été, le séjour moyen dure une semaine, soit un jour de plus par rapport aux normes observées en 2019. Là encore, les analystes font le lien avec les économies engrangées depuis deux ans et la volonté de se rattraper.

D'autres observateurs pensent que ces signaux renvoient à une évolution des comportements : les vacanciers post-Covid préfèreraient les voyages plus chers, plus longs et moins fréquents. L'autre nouveauté – l'augmentation de 20 % du panier moyen – semble confirmer cette théorie.

Dans tous les cas, cette réalité post-Covid donne le sourire aux agences de voyages.

Leur chiffre d'affaires est 20 % supérieur à la normale pour cette période de l'année,

Tandis que le nombre de dossiers est en hausse de 8 % par rapport à 2019. Pour les destinations, les États-Unis, la Turquie, la Croatie, l'Italie, la Grèce et l'Espagne occupent toujours le haut du panier. Derrière, certaines destinations comme la République dominicaine sont montées en grade, grâce à une plus grande ouverture aux voyages internationaux depuis le début de l'année.