Les changements survenant dans le secteur maritime préoccupent les assureurs

Les nouvelles normes d’émissions dans le secteur maritime entreront en vigueur à partir de 2020. Avec cette réforme, les assureurs craignent une augmentation significative de la casse pour les grands industriels.

En effet, les professionnels risquent de basculer trop rapidement vers de nouveaux carburants et, par la même occasion, de provoquer des dégâts importants sur leurs bateaux.

De ce fait, même si les sinistres dans le secteur sont actuellement peu nombreux, ils sont susceptibles de connaître une hausse rapide avec l’application des nouvelles règles en matière d’émissions. D’un autre côté, la diminution du nombre d’incidents peut aussi s’expliquer par une baisse inquiétante de l’activité dans certaines régions.


De nouvelles normes d’émissions appliquées dès 2020

À partir d’octobre 2018, l’OMI (Organisation maritime internationale) a revu à la baisse le plafond du taux de soufre pouvant être contenu dans le fuel utilisé dans les navires. La teneur en soufre autorisée est ainsi passée de 3,50 % à 0,50 % de la masse du carburant.

Dans un communiqué, le responsable de l’assurance des navires au sein de l’AGCS, Justus Heinrich, a exprimé l’inquiétude des compagnies d’assurance face à cette nouvelle réglementation. La branche spécialisée en assurance industrielle du groupe Allianz est d’ailleurs au fait des différents risques et des questions de sécurité dans le secteur maritime.

Selon le communiqué de l’AGCS :

Les assureurs craignent que l’introduction de nouveaux carburants n’augmente le nombre de sinistres dus à des dégâts matériels si le changement n’est pas bien organisé.

En effet, les carburants avec un taux de soufre faible affichent généralement une forte teneur en particules de métal particulièrement nocives pour la partie mécanique des bateaux. Introduits au cours du processus de raffinage, ces éléments peuvent endommager gravement le moteur ainsi que d’autres équipements indispensables.

De plus, les acteurs du secteur s’interrogent sur la capacité des producteurs et des raffineries à distribuer ce type de carburant à un rythme industriel.

Selon les experts, en 2020, ils ne seront pas prêts à produire du fuel de bonne qualité et dans des quantités suffisantes pour couvrir les besoins des industriels. Ces deux critères doivent être remplis pour assurer le bon fonctionnement des moteurs et éviter les dégâts potentiels.


Quoi qu’il en soit, la nouvelle norme en la matière sera appliquée dès le 1er janvier 2020. Elle nécessitera des coûts non négligeables pour mettre les navires en conformité avec la réglementation. Les autorités portuaires prévoient par ailleurs de lourdes sanctions pour les contrevenants. Les grands ports envisagent même d’utiliser des drones spéciaux pour identifier les pollueurs.

Les nouveaux défis en assurance maritime

À l’instar des assurances maritimes en général, l’assurance bateau est une formule assez délicate pour les professionnels du secteur. Il est notamment indispensable de tenir compte de différents critères, incluant les paramètres matériels (état de la mécanique, entretien, carburants utilisés, etc.) et environnementaux (conditions météo, zone de chalandise, etc.).

Selon le directeur monde des produits d'assurance maritime chez AGCS, Baptiste Ossena :

L'amélioration de la conception et de la technologie, le renforcement de la réglementation et la fiabilité accrue des systèmes de gestion de la sécurité sur les navires ont contribué à éviter que les pannes et accidents provoquent des sinistres graves. Toutefois, l'absence d'une baisse générale des accidents de navigation, l'accroissement des risques politiques sur la sécurité des navires, l'entrée en vigueur de nouvelles règles d'émission en 2020 et l'augmentation du nombre d'incendies à bord sont autant de défis.

D’après le rapport 2019 de l’AGCS sur la sécurité maritime, les sinistres dans le secteur sont actuellement au niveau le plus bas depuis le début de ce siècle. En 2018, leur taux a en effet baissé de près de 50 % dans le monde.


L’an dernier, l’assureur a recensé 46 sinistres au total, contre 98 cas graves en 2017. Cette baisse est notamment liée à un important ralentissement de l’activité dans les zones les plus exposées aux risques maritimes comme l’Asie du Sud-Est. Elle est également due à une nette diminution des incidents provoqués par les conditions météorologiques (ouragans, typhons, etc.).

Les bris de machines sont les premières causes de sinistres maritimes. Ils représentent environ un tiers des 26 000 cas recensés durant les dix dernières années et sont deux fois plus fréquents que les collisions.

Ces deux types d’incidents engendrent d’ailleurs les coûts les plus importants dans le secteur, soit près d'un milliard de dollars en cinq ans.