Le confinement a mis à mal la distribution automobile en France. En raison de la fermeture de ses concessions, le groupe Bernard a enregistré des pertes d’environ 17 % sur son chiffre d’affaires. Son directeur général, Gilles Messier, est revenu sur les difficultés rencontrées par l’entreprise durant ces deux derniers mois. Il s’est aussi exprimé sur sa stratégie de relance.

Le groupe Bernard est le quatrième distributeur automobile dans l'Hexagone. Selon son directeur général, les semaines suivant le déconfinement seront décisives pour les constructeurs et les concessionnaires, mais aussi les professionnels de l'assurance automobile.

Le 27 avril dernier, le groupe a amorcé sa relance. Toutes ses concessions accueillent de nouveau du public depuis cette date. Comme l'indique Gilles Messier, l'activité reprend progressivement. Au cours de la première semaine de mai, elle s'est établie à 60 % du rythme normal pour le service après-vente de camions. Pour la voiture particulière, le taux d'activité oscillait entre 20 et 30 %. Pour rassurer les employés, un protocole sanitaire a été mis en place.

Le distributeur automobile souhaite faire preuve d'agilité

Pour l'heure, le groupe Bernard dispose d'un stock d'un à deux mois. Il s'agit d'un niveau normal selon son directeur général, d'autant qu'une partie correspond à des véhicules qui doivent prochainement être livrés. Néanmoins, le portefeuille risque de s'étoffer jusqu'à l'été, car il faut du temps pour reprendre un fonctionnement normal.


Gilles Messier estime que si le stock est écoulé d'ici la fin du premier semestre, le groupe entrera dans un nouveau cycle. Dans le cas contraire, il devra demander de nouveaux reports d'échéance aux constructeurs. Le dirigeant note :

Jusque-là, ils ont été très pragmatiques et réactifs pour soutenir leurs réseaux.

Pour vendre un maximum de véhicules, la société prévoit de lancer des offres répondant aux besoins actuels des clients et adaptées à leur pouvoir d'achat. Elle compte notamment miser sur la location avec option d'achat, avec des reports pour le règlement de la première mensualité.

Concernant la rentabilité de son activité pour 2020, le groupe estime qu'elle sera fonction de sa capacité à s'adapter à l'évolution du marché du véhicule neuf (VN) et de celui de la voiture d'occasion (VO). En tout cas, Gilles Messier déconseille aux vendeurs de modèles de seconde main de se lancer dans une guerre des prix :

Sur ce point, il est important que les professionnels soient sérieux et ne se mettent pas à brader leur stock, même s'il a pris 60 jours. Ce serait une erreur qui aggraverait la situation et personne n'y a intérêt.

Des objectifs revus à la baisse

Durant le confinement, l'activité après-vente des concessions de poids lourds du groupe Bernard a été plus ou moins soutenue. Du côté de la voiture particulière, il a instauré un système de permanence dans chaque région. L'effectif dans les ateliers n'excédait pas 4 employés par site et les entrées étaient limitées. L'activité est loin d'avoir été rentable. Gilles Messier explique :

[…] l'objectif était surtout d'être solidaire avec les personnes obligées de se déplacer tout en commençant à intégrer et valider les mesures de protection.

Le dirigeant fait remarquer que l'entreprise s'est efforcée de préserver le lien avec les clients pendant la quarantaine. D'ailleurs, son call-center a été débordé durant cette période. Gilles Messier souligne que le numéro unique qui a permis de contacter le service client au cours du confinement sera conservé. Il viendra ainsi compléter les standards téléphoniques des concessions.

Face à la crise du coronavirus, le groupe Bernard a décidé de solliciter des prêts garantis par l'État. Il avait l'intention de réaliser un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros pour 2020. L'objectif ne sera certainement pas atteint. Son directeur général avance :

En après-vente et pièces, on ne rattrapera pas le chiffre d'affaires perdu, mais on s'attend à une reprise sur un rythme normal. L'activité VN et VO reste en revanche la grande interrogation.

Malgré les incertitudes, le distributeur automobile compte toujours racheter le groupe Ténédor cette année. Il y est déjà actionnaire à hauteur de 35 %.