La France amorce le déconfinement progressif le 11 mai 2020. Pour éviter la contamination, la population risque d’éviter les transports en commun. Le secteur automobile redémarra-t-il rapidement pour autant ? Un expert en économie industrielle, Bernard Jullien, estime que le marché des voitures particulières de 15 pays européens devrait enregistrer une régression de 5 millions d’unités cette année.

Suffira-t-il d’assurer la réouverture des sites de production et des concessions pour inciter les entreprises et les particuliers à l’achat d’un véhicule ? Dans ce cas, les ventes pourraient être comparables à celles de 2019 dès septembre prochain. D’autant plus que la crise de coronavirus est susceptible de redonner la cote aux voitures individuelles.

Bernard Jullien, spécialiste du secteur automobile, s’est exprimé sur l’évolution future de la demande. Il estime qu’elle ne sera pas forcément au même niveau durant toute l’année. Les professionnels de l’assurance s’y sont-ils préparés ? L’expert ajoute que le recul du marché de la voiture sera quatre fois supérieur à la baisse du PIB.

La voiture individuelle ou partagée permet de respecter certaines mesures de sécurité

Selon Bernard Jullien, il est préférable de partager un véhicule avec trois autres personnes que côtoyer de nombreux inconnus dans le RER. Dans le premier cas, qui s’avère être une solution abordable, les risques sont moindres et il est possible de retracer l’origine d’une éventuelle contamination. La fréquentation de certains sites comme BlaBlaCar pourrait donc augmenter.


Par ailleurs, même si les trains ne sont remplis qu’à moitié, comme l’a affirmé la SNCF, il y est difficile de respecter les mesures barrières. Les habitants des régions particulièrement peuplées utiliseront donc aussi la voiture individuelle pour leurs déplacements quotidiens. Il reste à savoir si cette tendance sera temporaire ou permanente. En tout cas, elle profitera davantage aux vendeurs de véhicules de seconde main, plutôt qu’aux constructeurs de voitures neuves. En effet, cinq ménages sur six s’orientent vers les automobiles d’occasion.

La récession économique et le risque de congestion inciteront-ils à investir ailleurs ?

Depuis 30 ans, la part des dépenses allouées à l’acquisition d’un véhicule n’a cessé de baisser, passant ainsi de 5 à 2 %. Du côté des entreprises, la priorité est à la compensation des pertes induites par la crise sanitaire et non pas au renouvellement du parc. Les contrats de location avec option d’achat (LOA) avec les professionnels du leasing seront ainsi conclus sur une durée de 36 mois, voire 60 mois. C’est ce que souligne Bernard Jullien.

Le connaisseur en industrie automobile ajoute que le recours massif à la voiture renforcera la congestion routière, surtout si le déconfinement devient total. De ce fait, les municipalités ne risquent pas d’accorder une faveur aux automobilistes, car une telle initiative entrerait en contradiction avec leur politique. Elles ont notamment rendu les places de parking plus chères afin de favoriser l’usage des transports collectifs.