En février 2022, Axa annonçait son intention d’investir le Métavers en acquérant une parcelle au sein de la plateforme française de jeux vidéo The Sandbox. Son objectif : prendre un coup d’avance sur le marché et maîtriser le nouvel environnement virtuel de demain. En s’engageant dans cette voie, le géant mondial de l’assurance met ses pas dans ceux des grandes marques internationales du luxe.

Accéder au métavers

Métavers, du grec, meta, signifiant aller au-delà ou à côté, et vers, pour la contraction du mot univers, cela nous conduit au-delà de l'univers ou dit autrement, dans un univers parallèle où monde réel et monde virtuel, numérique et digital, se rejoignent. C'est un monde qui vit en continu, qui ne s'arrête pas même si nous en sortons. On y accède sous forme d'avatar, c'est-à-dire une représentation graphique plus ou moins proche de nous-même, avec des casques de réalité virtuelle spécifiques pour obtenir une totale immersion en trois dimensions, mais aussi des gants tactiles et des manettes.

Le monde métavers trouve ses origines dans l'univers des jeux vidéo. Certaines plateformes y produisent déjà des concerts, grâce aux avatars des artistes, suivis par des millions de personnes. De quoi attirer le marché publicitaire, ce que les grandes marques de la mode comme de l'automobile ont bien compris.


Mais l'épopée ne va pas s'arrêter aux concerts ou à la pub, le métavers a pour ambition de nous embarquer dans un espace dans lequel nous allons, comme dans la vie réelle, interagir, avoir des relations sociales et même nous enrichir. Par la conjonction du Web 3.0, de la blockchain, et du Smart Contract (contrat intelligent), toute création ou détention sur internet aura vocation à nous appartenir et pourra être exploitée selon la valorisation du marché.

C'est ce que l'on nomme un NFT, un jeton non fongible cryptographique, par définition unique, représentant un objet et doté d'une identité numérique. Une œuvre musicale, un film ou un écrit, peuvent être créés ainsi qu'un Smart Contract qui précise et détaille toutes les composantes commerciales qui leur seront attachées. L'argent issu de l'exploitation sera ainsi versé sur un portefeuille spécifique (wallet), en crypto monnaie. Et l'assurance dans tout cela ?

Assurance du virtuel ou assurance du réel ?

Comprendre d'emblée le métavers n'est pas chose aisée. Il faudra du temps pour l'apprivoiser et en comprendre tous les arcanes. Dans le métavers, il est possible d'acheter des biens virtuels comme des terrains ou des logements. Selon le site l'Assurance en mouvement, une enquête en ligne réalisée par Poll&Roll, montre que 4 % des Français ont déjà investi dans l'immobilier via le métavers. Ce sont les 18-34 ans qui ont le plus franchi le cap (7 % d'entre eux) contre 3 % chez les 35-49 ans.


Comme nous allons vivre dans le métavers, (acheter, voyager, travailler,…), nos jetons seront volés, nous aurons des accidents ou encore serons agressés. Quant à nos biens, ils seront peut-être détériorés. L'utilisation de la réalité virtuelle pour l'ensemble des secteurs engendrera de nouveaux risques, nécessitant tant la réparation de dommages que couvrant la responsabilité civile. Les assureurs entrevoient ainsi une possibilité d'étendre leurs garanties à cet univers parallèle où la création paraît sans limite.

Sans compter que le métavers n'échappera pas aux dangers inhérents aux activités numériques que sont les cyberattaques. Plusieurs affaires concernant des vols de NFTs font l'actualité. Par exemple, celle de la collection d'images de singes aux mines désolées, « Bored Ape Yacht Club et Mutant Ape Yacht Club ».

Le hacker a réussi à escroquer 44 personnes avec une fausse publicité de distribution gratuite de NFTs pour un butin de 3 millions de dollars, souligne le site de l'Assurance en mouvement. Dans ce contexte, l'industrie de l'assurance s'organise à l'image de l'insurtech OneDegree à Hong Kong qui a indiqué tout récemment son ambition de devenir le premier assureur en Asie à couvrir les NFTs.

La boutique virtuelle

L'interopérabilité entre le monde virtuel et réel aura probablement un impact sur les réseaux de distribution. Par exemple dans le métavers, l'agent immobilier parisien pourra faire visiter un bien situé à Athènes à son client expatrié au Chili grâce à un casque de réalité virtuelle et une modélisation de la résidence en trois dimensions.


De l'agence immobilière à la boutique d'assurance, quel que soit son format, il n'y a qu'un pas. Avec son avatar, le client ou prospect se rendra à son agence en enfilant son casque de réalité virtuelle. Il pourra attendre dans un espace qu'un professionnel se libère, puis rentrer en rendez-vous, être conseillé et souscrire en payant en cryptomonnaie.

Comme pour l'agent immobilier, la boutique virtuelle en métavers n'a pas de frontière. On peut s'assurer à Londres, en habitant à Berlin, par le biais de son conseiller préféré basé à Paris. Les assureurs voient dans le métavers une nouvelle manière de commercer, mais pas seulement, dans la mesure où le monde virtuel peut aussi être un lieu où l'on apprend la prévention et les gestes qui sauvent.

En résumé, demain, dans le métavers, nous assurerons nos biens réels, notre vie, notre santé et nos biens virtuels acquis dans le monde parallèle. L'expérience client digitale sera poussée à son paroxysme. Nous partirons en voyage, dans la Rome antique, nous y croiserons César et Néron au Forum, mais à condition d'être bien assuré au préalable pour ce vol vers une destination inconnue.