Le quotidien français Libération a interrogé un économiste des transports pour aborder le développement de l’usage du vélo comme moyen de transport au quotidien. Cette interview fait référence à l’actuelle période de grève des transports qui incite les Parisiens à se déplacer en deux-roues. Cette pratique est-elle temporaire ou va-t-elle se démocratiser ?

Nombre d’usagers de la route tendent à avoir recours aux vélos dans un contexte de grève qui suspend l’usage de certains modes de transport en commun. D’après le recensement de la municipalité de Paris, le nombre de cyclistes qui traversent la capitale a doublé, voire triplé.

Frédéric Héran a été questionné par Libération sur l’avenir du vélo. Cet économiste des transports exerce en tant que maître de conférences à l’université de Lille-I. Il étudie l’évolution de l’usage de ce moyen de déplacement depuis des années. Il a ainsi vu le vélo disparaître de la circulation urbaine dans les années 70, puis réapparaître progressivement avec les services associés (comme l’assurance vélo).

Quel est le profil type du cycliste actuel ?

Frédéric Héran indique que les cyclistes actuels sont issus de toutes les catégories sociales. Ainsi, dans la capitale française, les personnes qui gagnent des revenus élevés effectuent aussi bien des trajets en deux-roues que les coursiers ubérisés.


Ces derniers proviennent pour la plupart de quartiers populaires. Certains habitants qui utilisent un vélo pour assurer leurs déplacements se sont procuré un modèle d’occasion. D’autres ont recours aux Vélib.

Tout un système modal adapté à ce moyen de transport a été développé par la municipalité de Paris, comme c’est également le cas dans d’autres agglomérations. Il faut en effet savoir que les utilisateurs de vélo ont besoin de pistes cyclables pour pouvoir circuler. En même temps, des normes doivent être mises en place pour régir leur déplacement.

Quant aux automobilistes, ils sont censés s’habituer à leur présence.

Un dynamisme notamment porté par la grève des transports

En se référant aux données du secteur, Frédéric Héran constate que le taux d’usage du vélo dans les villes n’excède jamais les 15 % chaque année. Cela dit, un certain engouement pour ce véhicule est observé lors de circonstances exceptionnelles. C’est le cas durant les périodes où le prix du pétrole grimpe ou suite à un attentat.

L’actuelle grève des transports compte aussi parmi les évènements exceptionnels qui incitent à se tourner vers les vélos. Ainsi, les cyclistes occasionnels viennent jusqu’à se servir quotidiennement des deux-roues, ce qui tend à accroître le nombre d’utilisateurs. Cette situation s’est déjà produite en 1995 lors d’une grève similaire. L’usage du vélo avait alors été multiplié par trois.

Il faut souligner que le lancement d’une offre attractive par un prestataire spécialisé dans la location de vélo en libre-service est également susceptible de favoriser la pratique de ce moyen de déplacement.