Au Canada, le gouvernement Legault envisage de tripler la teneur en éthanol de l’essence à l’horizon 2025 pour atteindre 15 %. Mais il semble que le relèvement de la norme fédérale actuelle ne soit pas possible à une si courte échéance. Le CAA-Québec et l’Association canadienne des carburants évoquent en effet le risque d’endommager les véhicules.

L’essence avec 15 % d’éthanol incompatible avec les moteurs actuels

Selon Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles,

« La mesure reflète la volonté des autorités de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre ».

Or, une concentration en éthanol de 15 % dans le carburant équivaudrait à retirer de la circulation quelque 500?000 automobiles. En outre, Québec espère relancer l’industrie locale d’éthanol, qui a subi un coup de frein ces dix dernières années.

Seulement, les constructeurs automobiles s’y opposent, ayant fixé une teneur maximale de 10 %. Selon Annie Gauthier, porte-parole de CAA-Québec,

« L’eau contenue dans l’éthanol est susceptible d’entraîner une corrosion néfaste pour le moteur ».

Le délai de six années envisagé est jugé insuffisant pour modifier les véhicules, sans compter que des modèles anciens de voitures et de camions risquent d’être toujours sur les routes à la date butoir définie. De plus, les contrats d’assurance de flotte automobile ou de voiture individuelle prendront-ils en compte les éventuelles pannes dues au changement de carburant.

L’Association canadienne des carburants confirme la difficulté de faire passer le seuil à 15 % à une telle échéance. Même dans l’éventualité d’une hausse notable des automobiles compatibles avec du carburant E15, compte tenu du rythme de renouvellement du parc de véhicules, seuls 50 % d’entre eux rouleront avec le nouveau carburant en 2025.

Incohérence de stratégie entre environnement et énergie

Peter Boag, président de l’Association canadienne des carburants, ajoute que

« Les raffineries ne seront pas en mesure d’effectuer la transition à cause des investissements colossaux nécessaires à l’adaptation de leur production ».

Pour David Adams, président des Constructeurs mondiaux d’automobiles du Canada,

« L’augmentation d’éthanol à 15 % est complexe, mais envisageable pour l’industrie automobile ».

En revanche, les moteurs des tondeuses ou bateaux ne pourront définitivement pas fonctionner avec le E15.

De son côté, le gouvernement fédéral affirme n’avoir identifié aucun obstacle à l’entrée en vigueur de la nouvelle norme. Le cabinet du ministre Julien annonce avoir mené des tests sur toutes les infrastructures, dont les réservoirs, les pompes à essence… Il assure que

« La plupart des voitures en circulation en 2025 devraient donc pouvoir s’accommoder d’une essence plus verte, tandis que les voitures de collection et autres modèles anciens pourront se doter d’adaptateurs ».

Ces explications sont loin d’avoir convaincu le Parti québécois, qui souligne la participation du ministre de l’Environnement à l’événement « Drive to Zero » qui s’est tenu à New York. Pour le député Sylvain Gaudreault,

« Rejoindre cette initiative portant sur l’électrification des transports est incohérent avec la stratégie du ministre de l’Énergie qui se focalise sur la production énergétique ».

Il estime que des mesures visant à faire baisser la consommation de carburant doivent accompagner celles concernant l’éthanol pour un impact fort sur les émissions de GES.