Les acteurs du secteur assurantiel ne devront plus espérer une remontée progressive des taux d’intérêt. Concernant le taux des obligations à 10 ans, il est passé en territoire négatif suite à la mesure de la BCE. Son président, Mario Draghi, a annoncé, en juin dernier, que l’assouplissement monétaire figure à nouveau à l’ordre du jour.

Dans un contexte de taux d’intérêt bas (voire négatif), les économistes ont dû réviser leurs estimations, comme le révèle un directeur de S&P Global Ratings, Marc-Philippe Juilliard. Il s’agit notamment des taux qui valent sur le long terme. Quant aux compagnies d’assurance, elles n’ont d’autre choix que de s’adapter au nouvel environnement en adoptant de nouvelles stratégies.

Si le Trésor engage des discussions avec les acteurs de place, l’Autorité européenne des assurances (Eiopa) se penche sur les modifications à apporter dans la formule standard. La révision du choc de taux découle de l’obsolescence de la norme prudentielle de Solvabilité II.

La hausse des provisions impacte les tarifs

Depuis que le « quantitative easing » reprend, le taux de l’OAT à 10 ans recule, au point de s’établir à -0,4 % au mois en septembre dernier. Parmi les activités subissant les effets de la baisse des taux figurent les branches longues, sachant que les provisions tendent à progresser. Une spécialiste souligne qu’elles atteignent des sommets.

Or, l’augmentation du coût des dédommagements influe sur les tarifs, comme l’indique le directeur général d’un groupe mutualiste. Outre les assurances dommages corporels souscrites par les conducteurs de voitures, les prix des couvertures liées à l’arrêt de travail et aux obsèques sont par exemple concernés.

Un initié opine que certaines compagnies d’assurance pourraient tout à fait compenser les pertes constatées sur les produits d’épargne de cette manière.

La situation devenant de plus en plus préoccupante, les professionnels devraient davantage adapter les offres aux profils des clients et faire preuve de rigueur lors la couverture des risques.

Une nouvelle formule de place ou des solutions individuelles ?

Les assureurs doivent repenser leur modèle. À ce propos justement, ils ont, depuis quelques années maintenant, mis l’accent sur les unités de compte plutôt que les fonds en euros. Le vice-président de l’organe de surveillance du secteur, Bernard Delas, recommande d’ailleurs de renoncer à ce produit d’épargne. Un distributeur italien de contrats d’assurance compte former ses agents généraux sur la question.

Le dirigeant du groupe mutualiste susmentionné conseille aussi d’adopter une telle stratégie :

« Il faudra orienter les épargnants vers plus d’UC et vers une nouvelle forme de produits à capital garanti uniquement à terme, qui reste à imaginer. Il faudra par ailleurs, encore plus qu’aujourd’hui, avoir une approche individualisée en fonction du client, de son âge, de son appétence au risque, de son horizon de placement pour lui proposer le produit d’épargne qui lui correspond le mieux ».

Certains acteurs choisissent de se détacher des risques financiers pour se tourner un peu plus vers des risques plus techniques, également soumis aux taux bas.